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Jacques Laffite répond aux questions d'Handicapzéro

Comment voyez-vous la nouvelle saison de Formule 1 ?

La saison sur le papier est assez extraordinaire. Vous avez Alonso chez Renault, Hamilton chez McLaren, Raikkonen chez Ferrari, dont 2 équipes avec des champions du monde très performants. Il y aura très certainement une jolie bagarre, sans oublier évidemment leurs coéquipiers : Massa, Kovalainen ou le petit Piquet.

Ce qu'il y a de formidable dans cette saison c'est que beaucoup d'écuries peuvent s'illustrer, je crois qu'il n'y a pas de mauvais pilote 2008. Que ce soit Red Bull, Toro Rosso avec Bourdais, Williams qui marche très bien, BMW, Toyota et Honda avec l'arrivée de Ross Brawn, sans oublier l'équipe Force India avec les très bons pilotes que sont Fisichella et Sutil.
La nouvelle réglementation fait que les écarts vont encore être plus serrés. Elle va aider à redonner un peu de pilotage aux pilotes qui pourront faire la différence peut-être au démarrage ou au freinage. L'usure des pneus, aussi, va être différente.

Quel sera l'impact de la nouvelle réglementation sur le déroulement de la saison ? La fin de l'anti-patinage peut-il favoriser certaines écuries ? Si oui lesquelles ?
 
C'est le même problème pour toutes les écuries : accélérer en première/seconde sera un peu plus difficile. Les pilotes vont devoir doser leurs efforts et montreront ainsi leurs qualités.
 
Intrinsèquement, la suppression de l'anti-patinage entraînera une usure des pneus plus importante, il faudra donc bien régler sa voiture, faire attention aux pneus arrière.
 
L'électronique embarquée sera cette année la même pour tous, mais de fabrication McLaren. Est-ce un avantage pour les flèches d'argent ?
 
De toute façon, même si ça ne les avantageait pas, nous dirions le contraire. Je ne pense pas que la Fédération Internationale aurait choisi celui-ci en cas de suspicions. McLaren aura adapté un peu mieux sa voiture dès le début de la saison. Mais tous les essais hivernaux avec ce boîtier ont permis aux équipes d'en découvrir tous les détours. Je ne suis pas inquiet, tous s'y seront adaptés.
 
En tant qu'ancien pilote, comment jugez-vous la disparition de l'anti-patinage ?
 
Je pense que c'est une bonne chose pour le spectacle. Les pilotes n'auront pas plus de difficultés car ils sont tous très adroits. Les voitures sont un peu plus difficiles, un peu moins performantes à l'accélération. Que ce soit au démarrage ou à l'accélération en première/seconde dans les virages lents, on pourra peut-être faire la différence. Sous la pluie, conduire ces voitures sera plus difficile.
 
Quelles sont les écuries que vous voyez s'illustrer cette saison ?
 
Pour moi ce sera Ferrari, McLaren, Renault. En espérant que BMW, Williams et les autres vont se rapprocher. Renault a un atout indéniable avec Alonso.
 
Et les pilotes favoris ?
 
Raikkonen, Hamilton et Alonso... A moins d'une surprise.
 
Le retour de Fernando Alonso permettra-t-il à Renault de retrouver sa place sur le podium ?
 
Renault a beaucoup travaillé sur sa voiture pour la rendre performante. L'arrivée d'Alonso c'est 3, 4/10ème peut-être de mieux pour la voiture, ça renforce la rivalité avec Ferrari et McLaren.
 
Comment jugez-vous le Team cette année, par rapport au second pilote ?
 
Le Team est bien équilibré. Le fils de Nelson Piquet est un jeune pilote talentueux. Il démarre la saison avec une pression sur les épaules. Nous espérons qu'il créera la surprise d'être compétitif dès la première course.
 
Peut-il y avoir la même rivalité cette année entre Piquet et Alonso, qu'entre Alonso et Hamilton l'année dernière ? Les rôles sont définis pour vous ?
 
Non, il n'y aura pas de rivalité. Les rôles n'ont pas besoin d'être définis, ils le sont naturellement. Pour le jeune Piquet, c'est sa première saison avec tout ce que ça comporte. Il a un super professeur en Alonso, et je crois que Renault compte sur lui, mais sans pour autant négliger les performances de Nelsinho. C'est un garçon qui ira vite mais de là à dépasser Alonso… qui sait ? Regardez Hamilton l'an dernier, en un Grand Prix, il pouvait rivaliser avec les meilleurs.
 
Quel est le circuit le plus éprouvant pour les pilotes ?
 
Le circuit de Monaco, où pour la puissance du moteur, le parcours est difficile à maîtriser avec la nouvelle réglementation sur l'anti-patinage. Elle aura forcément des conséquences sur l'usure des pneus. Les pilotes ne seront pas épargnés !
 
Quel est le circuit le plus exigeant pour les mécaniques ?
 
Au niveau des mécaniques je ne suis pas inquiet. Nous aurons peut-être des surprises avec les embrayages, comme l'anti-patinage ne va pas fonctionner, le démarrage se fera un peu plus à l'instinct. Pour la fiabilité des moteurs, les ingénieurs sont suffisamment forts pour y remédier. Les moteurs ont tous beaucoup tourné, il peut y avoir quelques faiblesses avec les boîtes de vitesses, n'oublions pas qu'elles devront tenir 4 Grand Prix. Côté technique et fiabilité, je pense que les équipes ont des ingénieurs assez forts.
 
Que pensez-vous du nouveau circuit de Valence, réputé pour être un circuit en ville ?
 
C'est difficile de savoir ce qui s'y passera. Nous avons un vague tracé qui ne nous permet pas de nous prononcer. Il faudra que les pilotes y tournent. C'est un circuit en ville qui sera évidemment un peu plus dur pour les voitures et les pilotes, pas pire que Monaco.
 
Que pensez-vous du Grand Prix de Singapour qui se déroulera de nuit ?
 
Je trouve ça très bien. Pas de problème pour les pilotes de conduire à 8 heures du soir pendant l'heure du dîner. Les télés du monde vont pouvoir diffuser le Grand Prix à une heure raisonnable. C'est bien pour les sponsors et pour la Formule 1. J'ai entendu dire que le Grand Prix de Malaisie 2009 serait de nuit : une nouvelle mode sur les circuits en Asie, souhaitons-le en tout cas.
C'est également le troisième circuit en ville de la saison, c'est ce que voulait Monsieur Ecclestone, il y a beaucoup plus de spectateurs.
 
Les récents essais d'avant saison ont laissé penser que Honda était une nouvelle fois hors du coup. Qu'en pensez-vous ?
                           
C'est vrai mais il faut savoir que Ross Brawn vient d'arriver et est en train de modifier la voiture. Honda ne sera pas compétitif tout de suite, mais avec Brawn, la saison devrait s'améliorer de course en course.
 
Donc vous pensez qu'Honda sera compétitif sur la 2ème moitié de la saison ?
 
Je lui souhaite : ça reste difficile de faire une voiture quand on débarque dans un Team même avec des bonnes bases. La voiture de l'an dernier n'était pas assez performante pour la modifier aussi rapidement. Mais il est certain que ça travaille beaucoup chez Honda.
 
C'est la dernière année des pneus rainurés. Le retour aux pneus slicks est-il une bonne chose ?
 
Pour moi, une Formule 1 c'est une voiture avec des slicks, c'est la course aux modules, c'est passer la puissance. Cela va permettre une meilleure tenue de route et une meilleure stabilité des voitures.
 
Sébastien Bourdais arrive en Formule 1, pensez-vous que son écurie lui offrira les moyens de s'illustrer ?
 
Oui sincèrement, je les ai vus tourner à Valence, Vettel et lui. La voiture ne sera pas très compétitive en début de saison puisque c'est celle de 2007. La nouvelle arrivera certainement après Bahreïn ou Barcelone. Elle a un excellent moteur Ferrari, on peut donc penser qu'elle permettra à Sébastien Vettel ou Bourdais de s'illustrer. Pour le moment, Bourdais doit aller plus vite que Vettel.
 
Là il y aura rivalité entre les pilotes ?
 
Il y a rivalité dans toutes les équipes, ne croyez pas ce que l'on dit toujours, que l'entente est cordiale. Elle l'est mais évidemment votre premier adversaire dans la course au titre c'est votre co-équipier.
 
Quelles sont les principales différences entre la Formule 1 d'aujourd'hui et celle de votre époque ?
 
La technologie a énormément évolué : les capteurs, les systèmes embarqués, les boîtes de vitesses automatiques, des freins formidables, des moteurs qui ne posent plus aucun problème aux pilotes pour la conduite en tout cas, ça se déroule de 3 000 tours à 19 000 tours sans aucune anicroche. Rien à voir avec nos voitures mais ça reste des Formule 1 et les pilotes qui les conduisent sont les mêmes mecs, les mêmes pilotes que nous étions dans les années 80, si ce n'est qu'ils disposent d'un matériel beaucoup plus sophistiqué, performant et rapide.
 
Ce n'est pas forcément plus facile de piloter ?
 
Je ne pense pas qu'il soit plus facile de piloter à très grande vitesse pendant 300 kilomètres, et l'exercice, que ce soit aujourd'hui ou en 1980, est à peu près le même pour le pilote : il faut être fiable, rapide, et ne pas faire d'erreur. La différence est que la fiabilité est beaucoup plus importante qu'elle ne l'était, les surrégimes sont pour ainsi dire inexistants alors que pour nous c'était vraiment un gros problème.
 
La sécurité est bien meilleure qu'elle ne l'était. Les voitures sont plus solides. Les circuits mieux adaptés à la vitesse, avec des zones de dégagement assez importantes, de très bons pneus autour des rails.
 
Vous êtes consultant pour T.F.1., pouvez-vous nous parler de vos activités professionnelles d'aujourd'hui ?
 
Ma première activité est effectivement d'être consultant sur T.F.1.. Je vais sur tous les Grands Prix et vis en direct ma passion. J'interviens ici et là grâce à T.F.1.. La télévision préserve une certaine notoriété, une image que les gens ont toujours de moi depuis que j'ai eu mon accident il y a 21 ans.
 
On sent que la passion est toujours là, à la télévision, de par vos commentaires on le ressent également.
 
Communiquer sa passion est assez difficile à la télévision, parce que d'abord il y a des interlocuteurs, ensuite je ne suis pas tout seul. Il faut faire très attention à ce que l'on dit car nous ne nous adressons pas uniquement à des passionnés.

 

Crédit photo : DPPI : Agence de Presse   
Auto - F1 - 2003 Australia - Melbourne 20030309
Photo/Gilles Levent/ DPPI Jacques Laffite/ Média T.F.1. - Ambiance - Portrait

 



Formule 1 saison 2008



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