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Un pilote, une légende : Juan Manuel Fangio

Cinq fois champion du monde, Juan Manuel Fangio a marqué le sport automobile d'une profonde empreinte. Des décennies plus tard, son nom reste un symbole. Juan Manuel Fangio devait son renom autant à son talent de pilote de course qu'à son comportement personnel : il a suscité l'admiration du public, ce qui est banal, mais aussi le respect de ses adversaires, ce qui l'est moins.

A. 1911-1942.

Né en 1911 à Balcarce, en Argentine, Juan Manuel Fangio était le quatrième de six enfants d'une modeste famille d'immigrés italiens originaires des Abruzzes. Adolescent, apprenti forgeron puis mécanicien, il se levait à 4 heures, consacrant ses matinées au collège, ses après-midi à l'atelier. Engagé par le concessionnaire de la marque Studebaker, il fut chargé de prendre livraison des voitures à Buenos Aires pour les convoyer à Balcarce. C'est ainsi qu'il acquit ses premiers rudiments de conduite. Après son service militaire, une pleurésie lui interdisant de renouer avec le football de sa prime jeunesse, il aborda ses premières compétitions automobiles grâce à un système de cotisations improvisé par des amis dévoués.
 
En 1940, il signa dans le Gran Premio internacional del Norte une victoire qui déclencha un enthousiasme délirant. Le parcours de 9 445 kilomètres, qui le mena jusqu'à La Paz (Bolivie) et à Lima (Pérou), comportait plusieurs passages à 4 000 mètres d'altitude dans les Andes ! Champion d'Argentine en 1940 et en 1941, Juan Manuel Fangio vit sa carrière interrompue en 1942, lorsque la situation dramatique de l'économie mondiale toucha l'Amérique du Sud. Après la guerre, son talent demeurait intact, malgré plusieurs années d'inactivité.
 
B. 1948-1952.
 
Pilotant une Simca-Gordini dans le Gran Premio de Rosario de 1948, il fit jeu égal avec le Français Jean-Pierre Wimille, alors considéré comme le meilleur pilote du monde. L'année suivante, il était intégré à l'écurie argentine de formule 1 créée sous l'impulsion du président Juan Domingo Perón pour une campagne européenne. Ce fut un triomphe : sur huit courses, Fangio en remporta six. Engagé en 1950 par Alfa-Romeo pour le Championnat du monde de formule 1 nouvellement créé, Fangio fut devancé par son équipier Giuseppe Farina pour l'attribution du premier titre mondial. L'année suivante, il allait prendre sa revanche au terme d'un duel serré avec l'autre grand as de cette période, Alberto Ascari, sur Ferrari.
 
En 1952, Juan Manuel Fangio s'étant grièvement blessé à la colonne vertébrale et les Ferrari dominant toute opposition après le retrait d'Alfa-Romeo, Ascari s'était imposé sans grande difficulté.
 
C. 1953-1958.
 
Au terme d'une longue convalescence, l'Argentin effectuait son retour en 1953. Il dut patienter jusqu'à la fin de la saison avant de renouer avec la victoire, à Monza. Mais Ascari s'était donné une telle avance qu'il remporta son second titre mondial. En 1954, recruté par Mercedes, qui opérait un sensationnel retour en compétition, Fangio reconquit aisément le titre de champion du monde. Ascari ayant trouvé la mort en 1955, l'Argentin ne resta cependant pas sans adversaire. Mercedes avait, pour le seconder, engagé un jeune Britannique, Stirling Moss, lequel développa ses dons dans le sillage du "maestro", en observant attentivement ses manoeuvres. Lorsque, à la suite de la catastrophe des Vingt-Quatre Heures du Mans 1955, qui fit quatre-vingt-trois morts dans le public, Mercedes abandonna la compétition, Fangio et Moss rejoignirent des équipes rivales : Ferrari pour Fangio, Maserati pour Moss. A vingt-six ans, malgré un style d'une suprême élégance, ce dernier fut rarement en mesure de battre son maître : quoique peu à son aise chez Ferrari, Fangio s'adjugeait un quatrième titre de champion du monde.
 
L'Argentin allait triomphalement achever sa carrière chez Maserati. Sur le grandiose Nürburgring, 22,8 Km, 176 virages, il signait en 1957 sa plus belle victoire. Au sommet de son art, il comblait avec une impressionnante maîtrise les 48 secondes que lui avait coûté un changement de roues à la mi-course. Ce triomphe laissa admiratifs ses adversaires de la Scuderia Ferrari, les jeunes Hawthorn et Collins.
 
Un de ses mérites fut de conquérir la confiance de ses pairs. En 1955, les deux Mercedes de Moss et Fangio franchirent dans cet ordre l'arrivée du Grand Prix de Grande-Bretagne, avec un mètre d'avance pour celle de l'Anglais. Généreux cadeau du maître à son jeune élève alors devant son public ? L'Argentin eut l'élégance de ne jamais le reconnaître. D'autres anecdotes témoignent à la fois de l'esprit chevaleresque qui régnait à l'époque et de la fascination qu'exerçait Fangio : à Monza, en 1956, dans une course décisive pour le championnat, Peter Collins, ayant constaté que Fangio avait abandonné à la suite d'ennuis mécaniques, lui céda spontanément sa propre machine. Lors de sa toute dernière course, en juillet 1958 à Reims, l'Argentin inspira une réaction tout aussi significative à Mike Hawthorn, le pilote qui lui succéda au palmarès du championnat du monde : sur le point de lui prendre un tour d'avance, Hawthorn avoua s'être retenu de le doubler par simple respect.
 
Enzo Ferrari, en revanche, ne l'aimait pas. Il l'avait qualifié de "personnage indéchiffrable". Ce qui ne l'empêcha pas de reconnaître que "Fangio possédait une vision de la course supérieure, un sens de l'équilibre, un discernement, une sûreté de pilotage vraiment uniques".
 
Juan Manuel Fangio disparut le 17 juillet 1995 et restera à jamais un mythe. Michael Schumacher vient d'égaler son record en s'octroyant sa cinquième couronne mondial.





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