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Les pilotes

A. Ferrari.

Lors de la semaine de ski organisée, comme chaque année, à Madonna di Campiglio dans les Dolomites par la Scuderia Ferrari et ses partenaires, la question fut posée mi-janvier à Michael Schumacher (numéro 1) et le septuple champion du monde y répondit sans ambages : "La retraite ? C'est vrai, je ne signerai plus de contrats à long terme étant donné mon âge. Mes contrats actuels courent jusqu'à fin 2006 et j'irai jusque-là. Après, on verra. Mais franchement, en ce moment, je ne me vois pas arrêter… Désolé". Mais en réalité, il ne l'était pas, désolé, le grand Schumacher, il était même plutôt heureux de se sentir motivé comme jamais, ayant jeté par-dessus les moulins du sérieux et de la réflexion son bonnet de pilote. Voilà le microcosme prévenu, et à l'intérieur de celui-ci, les dix-neuf autres pilotes de Formule 1 de la saison 2005 : Schumacher revient comme chaque année pour briller au sommet et il ne craint personne, lui qui se consacre au pilotage, et au pilotage seulement, ayant fait fi de tous les à-côtés de la Formule 1 qui ne le séduisent plus. Il consacre le reste de son temps à sa famille, une source d'équilibre indispensable.

Une autre question est posée à Schumacher : "Rubens Barrichello (numéro 2) annonce qu'il a tous les atouts en mains cette année et qu'il est capable de vous battre, êtes-vous d'accord avec cela ?" Grand sourire interrogatif de Michael, comme s'il ne croyait pas vraiment que Rubens avait posé le problème ainsi. Et pourtant c'était vrai. Mais mettez-vous à la place du gentil Brésilien : comment pourriez-vous rester intact après des années dans l'ombre d'un champion surdimensionné, même si de temps à autre vous vous raccrochez à une improbable bouée de sauvetage, du genre : ah, dommage que Barrichello n'ait pas la même voiture. Car, rien n'est plus faux, Barrichello a le même matériel. On peut simplement admettre que, de temps en temps, dans des décisions stratégiques, Barrichello n'a pas le premier choix. Surtout lorsque l'opposition se fait plus menaçante.
 
B. Bar-Honda.
 
Chez Bar-Honda, les pilotes n'ont pas ce problème de choix. Jenson Button (numéro 3) et Takuma Sato (numéro 4) veulent allier leurs savoirs et leurs chances pour que l'un ou l'autre gagne un Grand Prix (leur premier Grand Prix) cette année. En matière de pilotage pur, Button est l'un des très grands orfèvres du plateau. Par le truchement de la caméra embarquée, objectif sur les mains, le nez de la voiture et les roues, la ligne de trajectoire, il est tout simplement l'un des plus beaux à voir, peut-être même le plus beau. A couper le souffle, tellement l'émotion est intense. Est-ce suffisant ? Non, évidemment, il faut aussi la détermination. Et Button l'a. Comme tout gentleman britannique : prêt à se faire découper en rondelles de saucisson pour prouver qu'il est dans le vrai.
 
Sato, c'est une autre histoire. La saison passée fut celle de son apprentissage pratique : il a effectué des progrès, puis des paliers de stagnation, puis des progrès, et ainsi de suite. Mais il n'y avait plus rien de comparable entre le Sato de l'Australie qui ne percevait même pas que sa voiture sous-virait de plus en plus car elle perdait son capot avant, et le Sato des quatre dernières courses de la saison. Entre-temps, il avait intelligemment appréhendé les choses de la Formule 1, et surtout, il avait marqué son territoire par quelques dépassements d'anthologie, qui lui valurent des déboires, mais aussi des louanges méritées. Surtout pour la méthode. Car il y a une "méthode Sato". Il se place dans l'aspiration de son adversaire, fait semblant d'être au bord de l'asphyxie, relâche son effort… et arrive du diable vauvert, les dents serrées, en bon kamikaze : ça ne passe pas tout le temps, mais quand ça réussit, c'est super.
 
C. Renault.
 
Pour ses pilotes, Renault a choisi le mariage complexe de la glace et du feu avec Fernando Alonso (numéro 5) et Giancarlo Fisichella (numéro 6). C'est Patrick Faure, le président de Renault-Sport, qui à notre sens a donné la meilleure définition d'Alonso : "Un petit taureau furieux". Un garçon qui bombarde en toutes circonstances. C'est une qualité, mais il en ajoute une autre : l'Espagnol possède une excellente approche de la technique et en course, il fait le maximum avec beaucoup de clairvoyance sans jamais rien concéder. Fisichella est d'une étoffe toute différente : le beau ténébreux, le styliste, et par essence l'artiste. Mais quelles seront ses conquêtes face à Alonso ? Difficile de prédire cet affrontement dans lequel le preux "Fisico" apportera un élément de poids : son expérience de près de cent cinquante Grands Prix.
 
D. Williams-BMW.
 
Perdre coup sur coup Ralf Schumacher et Juan Pablo Montoya n'est pas, a priori, pour renforcer l'écurie Williams. Sauf pour ceux, nombreux du côté de Grove, remarquant que de toute façon, leurs deux anciens sociétaires, moralement tournés depuis belle lurette vers d'autres objectifs, n'y étaient déjà plus. Mais c'est surtout l'identité de leurs remplaçants qui inquiète le plus, en tout cas les mauvaises langues. Mark Webber (numéro 7) et Nick Heidfeld (numéro 8), plus une association pour une équipe de second plan, qu'une vraie doublette prête à déloger Ferrari et son ogre allemand, comme l'est Montoya et Raikkonen chez McLaren. Au diable les paillettes ! s'écrie-t-on chez Williams. L'écurie anglaise avoue en avoir assez bavé avec les pilotes "starisés", ingérables au quotidien. Leurs nouveaux pilotes, et surtout Webber d'ailleurs, ont été choisis pour toute une batterie de qualités que Williams, toujours attachée à son principe que la voiture doit avant tout faire la différence, avait hissé au rang de priorité absolue : l'abnégation, le travail, le courage, et la persévérance. Pour les ricaneurs, nombreux en Formule 1, cela n'est pas suffisant à faire oublier que Mark Webber a un palmarès insignifiant en Formule 1, son meilleur résultat restant une cinquième place avec une Minardi, il y a trois ans. Rira bien qui rira le dernier, Webber avec son talent et sa hargne, parfois flirtant avec la limite de la correction, a à coeur de prouver qu'il est digne d'un volant Williams.
 
Qui pour épauler Webber ? L'Allemand Nick Heidfeld. Là encore les moqueurs s'en donnent à coeur joie. Heidfeld dans une Williams, quelle idée ! L'ancien pilote Prost, Sauber puis Jordan est certes méconnu, mais un pilote de valeur. Un pilote malgré tout déjà expérimenté puisque à 27 ans, il compte 84 Grands Prix à son actif et entamera cette saison sa cinquième saison en Formule 1. Ironie du sort, à défaut d'être le leader moral de l'écurie Williams, il en est le leader "statistique". Problème, Heidfeld passe inaperçu, c'est bien là le hic dans sa carrière. La presse allemande, il est vrai jamais avare de vacheries, le présente comme le "manque de charisme personnifié." Tant pis pour les colonnes people des tabloïds, Heidfeld est un pilote extrêmement doué. Un champion de F3 allemande puis un champion de F 3000 qui a vite fait ses gammes au volant d'une Formule 1 avec McLaren, avant d'être lancé dans le grand bain en 2000 chez Prost. Et il faut bien admettre que si la carrière d'Heidfeld n'a pas décollé jusqu'alors, c'est la faute de Mercedes, qui, après en avoir fait son pilote d'avenir, l'a abandonné sans crier gare ! En 2002, sa place chez McLaren lui a été subtilisée par Kimi Raikkonen. Heidfeld aura donc à coeur de faire mentir Mercedes en gagnant avec BMW.
 
E. McLaren-Mercedes.
 
L'autre "course dans la course" aura lieu entre deux fortes personnalités : les deux sociétaires de l'équipe McLaren-Mercedes, Kimi Raikkonen (numéro 9) et Juan Pablo Montoya (numéro 10). Pour l'heure, dans leurs premiers pas côte à côte au cours des essais intersaison, tout se passe comme dans un roman à l'eau de rose de la collection Rouge et Or. Et des ronds de jambe d'un côté, et des protestations d'amour et d'amitié de l'autre, et des "Tout se passe super bien", et des "Franchement, on s'entend top de chez top". C'est trop, c'est beaucoup trop et ça devrait nous mener à l'explosion assez rapidement. Car il n'y a rien de plus opposé qu'un Montoya, qui détient le ministère de la parole, et qu'un Raikkonen à peine capable de quelques "grrrr, grrrr" bredouillants, qu'un Juan Pablo capable du meilleur, (et quelquefois du pire), au volant et qu'un tueur-né comme Kimi, qu'un Sud-Américain visionnaire dans l'éclat et qu'un Finlandais dont le pilotage est d'une violence inouïe, effrayante quelquefois, n'ayons pas peur des mots.
 
F. Sauber-Petronas.
 
Pour notre ami, le calme et raisonné Peter Sauber, une espèce d'îlot de quiétude dans ce monde de dingues, l'ère de la tendresse et de la douceur vient de prendre fin. Mais le patron de l'équipe suisse pouvait-il s'attendre à autre chose en engageant deux individualités si dissemblables que Jacques Villeneuve (numéro 11) et Felipe Massa (numéro 12) ? A part leur qualité de fonceur, tout sépare les deux hommes : le tempérament, la manière de piloter, les amis, Massa étant dans la lignée des "productions Ferrari" que Villeneuve s'emploie à détester. L'intérêt de la confrontation néanmoins repose sur le Canadien car le Brésilien, lui, n'a qu'à continuer de progresser comme il le fait, c'est-à-dire avec grand talent et plus de finesse qu'on ne croit. Villeneuve à l'inverse a une revanche à prendre : sur tout. Sur la Formule 1, sur une mauvaise expérience avec Renault, et sur Massa qui l'a puni l'an passé au Japon. Au total, du T.N.T. à l'état pur.
 
G. Red Bull Racing.
 
En engageant David Coulthard (numéro 14), c'est-à-dire un pilote de premier plan, Red Bull a sans conteste fait le meilleur choix possible. Car si l'Ecossais reste sur des saisons mitigées, dominé qu'il a été par ses équipiers respectifs, il demeure avec 175 Grands Prix, 13 victoires et 12 pole positions l'un des meilleurs palmarès de la Formule 1 derrière Michael Schumacher. Et avec lui, c'est une expérience de onze saisons passées au sein des meilleures équipes de la discipline (Williams de 94 à 95, puis McLaren de 96 à 04) qui fait son entrée dans une formation qui a tout à apprendre. Sa situation n'est pas sans rappeler celle de Damon Hill chez Arrows en 1997. Comme l'Anglais qui, après une saison difficile, avait ensuite rejoint Jordan, Coulthard pourrait profiter de ce qui semble être une voie de garage pour finalement rebondir. Pour Red Bull, c'est en tout cas une aubaine, pour s'étalonner et progresser, tout comme cela l'est pour son futur équipier.
 
Christian Klien ou Vitantonio Liuzzi ? Pilote "maison", Klien (numéro 15) a les faveurs de son sponsor et désormais patron (Red Bull), qui lui fera confiance pour le début de saison. Mais l'Autrichien est en sursis. Une situation moralement complexe pour un jeune pilote, d'autant que Klien a souvent commis ses erreurs l'an passé à trop vouloir bien faire. Au moindre faux pas, il sera remplacé par le réserviste Liuzzi, qui aura, auparavant, l'occasion de se familiariser avec la Formule 1 lors des vendredis de Grand Prix, en tant que troisième pilote. Liuzzi est un pilote annoncé comme redoutable. Et il l'est sur le papier : champion du monde de karting et champion international de F 3000. Le jeune Italien de 22 ans est promis depuis de nombreuses années à un grand avenir en Formule 1, Williams et Ferrari le suivant de près. En cas de titularisation, il devra faire attention à l'effet "Magnussen" : un pilote programmé pour la Formule 1 et au-dessus du lot dans toutes les disciplines, mais qui n'a pas confirmé une fois arrivé en Formule 1.
 
H. Toyota.
 
Il n'y a pas de mystères, Toyota joue son avenir en 2005. L'écurie doit enregistrer des progrès significatifs. C'est un impératif, duquel dépend tout simplement l'avenir du constructeur japonais dans la discipline. Et pour ce faire, Toyota n'a pas lésiné sur les moyens, se payant à prix d'or (entre quinze et vingt millions de dollars par pilote et par saison) deux calibres : Ralf Schumacher et Jarno Trulli. Après Salo-McNish, puis Panis-Da Matta, Toyota est passé à l'offensive. Mike Gascoyne, le vrai patron sur le terrain, est allé chercher lui-même ses deux pilotes. Sa priorité a toujours été Jarno Trulli. Il connaît bien l'Italien (numéro 16), avec qui il a travaillé chez Renault. Il sait dans quelles conditions il faut mettre Jarno pour qu'il soit le plus redoutable, et à quel point il a envie de bien faire. Car Trulli a une revanche à prendre. Malgré une saison 2004 remarquable, dominant par la même occasion à la surprise générale Alonso, Trulli a payé une note salée, celle de tensions en coulisse, quant à la prolongation éventuelle de son contrat. En le poussant à partir, Renault a terni sa saison. Pire, son éviction de chez Renault, ajoutée à quelques commentaires malencontreux, ont laissé croire que Jarno n'était plus motivé pour la Formule 1. Or il n'en est rien. Trulli a une revanche à prendre, et Toyota peut compter sur sa vitesse de pointe.
 
Son duel avec Ralf Schumacher (numéro 17) promet. Les deux pilotes ont un peu le même profil, en pilotage (très à l'aise sur un tour, et plus en difficultés sur la distance), et moralement. Ralf, transfuge de Williams après six saisons en dents de scie, a lui aussi des choses à prouver. Qu'il n'est, justement pas, ce pilote inconstant et moralement fragile. De sa confrontation avec Trulli dépendra beaucoup la tournure des événements, Ralf perdant souvent ses moyens quand il est déstabilisé par son équipier. Mais Jarno est un pilote agréable, et n'est pas du style à entrer en lutte psychologique avec son équipier. Et à défaut de briguer les premières places, cette belle paire de pilotes aura au moins le mérite de muscler les fonds de grille !
 
I. Jordan et Minardi.
 
En matière de pilotes, Jordan et Minardi sont capables du meilleur comme du pire. De dénicher une perle rare comme de choisir un pilote, pas au niveau de l'exigence de la Formule 1. Dans tous les cas, les dollars font la différence. Pour Eddie Jordan, par exemple, la somme de cinq millions de dollars est considérée comme toute condition préalable au dialogue. Narain Karthikeyan (numéro 19) tentait depuis quatre ans de fédérer autour de son nom et de cette première historique : un Indien en Formule 1. Il avait fait quelques tests auparavant : avec Jaguar en 2001 puis avec Jordan. Agé de 28 ans, Karthikeyan est un pilote talentueux qui a surtout connu ses meilleurs résultats en World Series by Nissan.
 
La titularisation de son équipier a constitué une vraie surprise. Timo Glock ou encore Robert Doornbos semblaient avoir les faveurs d'Eddie Jordan, mais c'est finalement Tiago Monteiro (numéro 18) qui a été désigné. Le Portugais a débuté puis passé la majeure partie de sa carrière en France. Il a terminé vice-champion de Formule 3 en 2000 et en 2001. En 2002, il était convié avec Sébastien Bourdais et Franck Montagny à un test sur la Renault. Monteiro s'était ensuite dirigé en ChampCar. En 2004, il pilotait en World Series by Nissan (vice-champion) pour le compte de l'écurie Carlin. Or aujourd'hui, le directeur sportif de Jordan n'est autre que Trevor Carlin.
 
La Hollande a décidément la fibre patriotique. Les plus grandes entreprises du pays affluent toujours pour promouvoir la Hollande et ses pilotes. Après Verstappen, et Doornbos, voici Christijan Albers (numéro 20). Le Hollandais, âgé de 25 ans, aspire à la Formule 1 depuis quelques saisons. Et naturellement puisqu'il possède un joli palmarès : Champion de formule Ford, champion de formule 3 allemande, et vice-champion de DTM. Minardi et Albers, l'histoire remonte à 2002, lorsqu'il en était pilote d'essais.
 
Le novice autrichien Patrick Friesacher (numéro 21) fera ses débuts cette saison dans le championnat du monde de Formule 1 au volant d'une Minardi. L'autrichien, qui a participé la saison dernière au championnat du monde de Formule 3000 avec une victoire en Hongrie et une cinquième place au classement final, s'installe dans un baquet qu'ont occupé avant lui l'Espagnol Fernando Alonso ou les Italiens Jarno Trulli et Giancarlo Fisichella.





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