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Les Echos - 14.03.07

L'accès des handicapés passe par des sites plus ergonomiques.

14 mars 2007.

Les acteurs de l'informatique s'activent pour améliorer l'accès aux sites, devançant la législation.
Le décret, à l'examen au Conseil d'Etat, devrait être publié au "Journal officiel"d'ici peu. Plus de deux ans après le vote de la fameuse "loi pour l'égalité des droits et des chances", ce texte imposera aux quelque 7.000 sites Internet publics de devenir accessibles aux personnes handicapées. A savoir, 1,7 million de citoyens aveugles ou malvoyants, et près de 5 millions de Français atteints d'une déficience auditive. Sans parler des personnes à mobilité réduite.

Derrière le terme ambigu d'"accessibilité" se cache une idée simple : "Faire en sorte que la machine assiste l'internaute dans sa navigation et son interprétation des pages Web", explique Dominique Hazael-Massieux, expert en accessibilité mobile au sein du World Wide Web Consortium, l'organisme à l'origine des premières règles mondiales d'accessibilité à Internet.
Aujourd'hui, moins de 3 % des sites européens seraient accessibles.
La France, qui célèbre jusqu'au 18 mars,  la Semaine nationale des personnes handicapées physiques, n'est pas mieux lotie. "L'administration électronique se déploie et incite à recourir au Web pour des démarches qui vont des déclarations d'impôts aux formulaires d'assurance-maladie, mais 95 % des sites publics et privés sont illisibles", estime Patrice Cailleaud, porte-parole de l'association Handicapzéro. Son site fournit aux personnes handicapées des services allant de l'élaboration de factures en braille au téléchargement audio de notices de médicaments, en partenariat avec une centaine de laboratoires pharmaceutiques.
 
Les défis du Web 2.0.
"Le réalisme doit primer : on ne demande pas aux sites de décrocher le label "or", qui comporte 92 critères ! Mais la plupart des sites ne sont même pas compatibles avec les aides techniques que sont les outils de synthèse vocale ou les lecteurs d'écrans braille", constate Jérôme Adam, lui-même non-voyant, qui a créé l'entreprise Easy Life Conseil, spécialisée dans la conception de technologies ergonomiques.
Or, depuis la loi du 11 février 2005, l'Internet a évolué. Le Web 2.0 présente des défis supplémentaires avec l'émergence des blogs ou de sites comme YouTube ou Flickr, le contenu des pages Web n'est plus seulement généré par des professionnels. «L'accessibilité d'un site peut être enrichie ou détruite par n'importe quel internaute en permanence », estime Véronique Doux-Marrot, responsable des solutions d'accessibilité chez IBM en Europe.

Autre écueil, les technologies nécessaires à l'interactivité, comme Ajax ou Javascript, n'ont pas été développées en prenant l'accessibilité en compte. Enfin, «"Internet est devenu dynamique, notamment avec l'essor des vidéos, et ces évolutions se déciment sur une multiplicité de supports mobiles", résume Dominique Burger, chercheur a l'Inserm et président de l'association Braillenet.
De quoi réfléchir à de nouvelles façons de faire, comme par exemple de joindre une légende à chaque image, ou encore de dissocier le contenu d'un site de sa forme afin que le texte s'ajuste à n'importe quel support.
Si la législation tarde, le secteur privé semble prendre le relais. Depuis plusieurs mois, Google, A.O.L., IBM, Adobe et autres Microsoft se concertent au sein du consortium du W3C pour tenter d'élaborer des recommandations d'accessibilité au Web 2.0.
 
Adapter les logiciels.
L'implication est concrète. En décembre, les chercheurs d'IBM ont lancé un ensemble d'interfaces permettant aux éditeurs tel Jaws (synthèse vocale) d'adapter leurs logiciels. A Redmond, chez Microsoft, une soixantaine de chercheurs travaillent exclusivement à l'accessibilité.
 En France, la firme a publié un Livre blanc guidant les développeurs de sites Web 2.0. De son côté, Adobe a repensé son format de documents électroniques pdf.
Les raisons de leur engagement sont nombreuses. A l'heure où la population vieillit, le marché ne se cantonne plus au handicap.
Déjà, selon l'Organisation mondiale de la santé, une personne sur six souffre d'une déficience affectant la parole, l'audition, la mobilité, la vision ou les capacités cognitives.
L'intérêt est également technique. "Un moteur de recherche indexera mieux des vidéos et des images titrées", assure Pierre Guillou, d'accessweb.org.
De même, des pages accessibles s'afficheront plus facilement sur un terminal mobile et, étant plus légères, engendreront une baisse des coûts de bande passante et des frais de maintenance.
Encore perçu comme complexe et coûteux, le sujet génère toujours des appréhensions. Toutefois, la mécanique s'engrange. "il y a un an, c'était du chinois, commente Jérémie Boroy, président de l'Union nationale pour l'insertion sociale des déficients auditifs (Unisda). Aujourd'hui, sur leurs sites, aussi bien Nicolas Sarkozy que Ségolène Royal affichent plusieurs discours en langage des signes".

 





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