Handicap : la voix qui donne à voir.
9 août 2008.
Grâce à l'audiodescription, une traduction sonore des images, les aveugles et malvoyants peuvent mieux appréhender les programmes télévisés mais ce n'est qu'un début.
En janvier dernier, Gilbert Montagné a remis au Gouvernement un rapport sur l'inclusion des personnes aveugles et malvoyantes dans la cité.
Le chanteur a accepté de superviser l'application du plan d'action élaboré à partir de ses conclusions.
L'un des volets concerne l'audiodescription. Cette technique consiste à décrire, par le biais d'une voix off, les scènes muettes, c'est-à-dire sans dialogue, des films, documentaires, reportages…afin de les rendre accessibles aux malvoyants.
"Il s'agit de transformer l'exceptionnel en normalité. L'audiodescription doit absolument être généralisée au cinéma et à la télévision", revendique l'artiste. Car si depuis une dizaine d'années, Arte diffuse une vingtaine d'oeuvres audiodécrites par an, T.F.1. n'a inauguré le système qu'en février 2008 avec "Kilimandjaro, au-delà des limites" et plus récemment avec le film "Le Pari".
Quant aux autres chaînes, elles ne l'ont encore jamais utilisé. Mais "le CSA compte inscrire l'audiodescription dans le cahier des charges de tous les opérateurs d'ici deux ou trois ans" se félicite le chanteur.
Une manière, selon lui, de faire tomber ce qu'il appelle le "surhandicap" : "une personne qui se retrouve aveugle du jour au lendemain perd tous ses repères. Elle est exclue du monde des loisirs et ne peut plus partager une soirée télé, ciné, théâtre avec son entourage… On doit absolument la réintégrer et lui montrer qu'elle aussi est prise en compte."
De fait, l'audiodescription constitue une réelle avancée en termes d'accès à la culture : "sans elle, je n'aurais pas pu suivre certains films très visuels comme par exemple, "le parfum", explique Manuel Pereira, non-voyant, responsable de la communication de l'association Handicapzéro. Elle nous offre un confort très appréciable en nous donnant une lecture enrichie de l'œuvre. On peut plonger dans le film au plus profond, en comprenant tout ce que le réalisateur a voulu exprimer : les ambiances, les mouvements de caméra…Grâce à elle, on gagne clairement en autonomie. C'est un véritable progrès".
Reste la question de la technique. A la télévision, T.F.1. et Arte diffusent de l'audiodescription par le biais de la T.N.T. ou de Canalsat (Arte la propose aussi depuis plusieurs années sur son deuxième canal). Elle est alors accessible en choisissant, le plus souvent, "allemand", dans le menu audio. Ce qui suppose, pour les malvoyants et les aveugles, de connaître parfaitement l'emplacement des touches de la télécommande.
Idem pour les D.V.D., même si certains proposent un menu d'accueil vocalisé. Pour Gilbert Montagné, il faut donc penser l'audiodescription en amont, dès la production, pour intégrer les coûts (5 000 euros environ pour un film de deux heures) et adapter tous les supports (casques dans les cinémas, menus vocalisés…) : "c'est une simple question de bon sens et d'intelligence". A bon entendeur…
Encadré : les différentes étapes de l'audio description.
L'association Valentin Haüy audiodécrit depuis 1989. Une cinquante d'oeuvres sortent des studios chaque année pour les télé françaises, suisse et l'édition de D.V.D.. Patrick Saonite, en charge du procédé Audiovision, chapeaute une douzaine de personnes : "les auteurs écrivent la description des scènes muettes : le paysage, les vêtements, les mimiques… Il faut choisir, on ne peut pas tout dire explique-t-il. La seconde étape, c'est l'enregistrement en studio par deux speakers, qui se relaient à chaque séquence afin de permettre aux téléspectateurs de repérer les changements de lieux ou d'action : "ils doivent trouver le ton juste, entre la narration et l'interprétation", poursuit Patrick Saonite. Les techniques sont les mêmes que celles du doublage : le film défile et le speaker débite son texte en se calant sur le time code. La bande-son est ensuite mixée et ajoutée au D.V.D. ou diffusés à la télé via un canal spécifique.