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Un aveugle rochelais et son guide à New York

jeudi 31 octobre 2002 à 00h00

Rêve accompli. Les deux coéquipiers rochelais s'envolent la semaine prochaine pour New York.

"Natation, parachute, planche à voile... Etant plus jeune, je pratiquais le plus grand nombre de sports possible. Et puis il y a eu cette opération qui a mal tourné. Ce fut comme si l'on baissait le rideau."

Michel Piard, 55 ans et l'allure longiligne d'un jeune sportif, a dans la voix, lorsqu'il évoque l'erreur chirurgicale qui lui a coûté la vue il y a quelques années, un peu de tristesse mais pas d'amertume. Une fois le coup digéré, le moral du champion a repris le dessus. "Ce sont des choses qui arrivent. Il y a des sports que je ne pourrai jamais pratiquer comme avant, la plongée sous-marine par exemple. Mais, après l'opération, j'ai vite repris l'entraînement. Et cette histoire de New York, c'est un peu un rêve de toujours qui se réalise."

Entre coup du sort et coup de chance, Michel Piard le Rochelais doit, en effet, aux remous et aux rencontres qui ont balisé sa vie ces dernières années d'être, le 3 novembre prochain, le seul non-voyant français au départ du marathon de New York, accompagné de son guide et coéquipier. L'histoire avait été lancée comme une blague, un voeu pieux dont on croit qu'il ne se réalisera jamais.

Michel, qui a fait en duo les Marathons de Paris et de La Rochelle, s'était ouvert à Bernard Veau, le président de l'association rochelaise d'aide aux non-voyants Valentin-Hauy, de son rêve de courir New York. Le problème à vrai dire n'était pas insurmontable, simplement financier. Pour le reste, Michel, de séances de préparation quatre fois par semaine en parcours sur l'île de Ré avec son coéquipier, Claude Mallet, avait largement le niveau d'entraînement requis. Il manquait juste le sponsor pour payer le vol aller-retour et les nuits d'hôtel. "Le 1er avril dernier, Bernard Veau m'a annoncé ce que j'ai d'abord pris comme un canular : le Lions club et ses soixante sections de Charente-Maritime s'associaient à Valentin-Hauy pour me payer le voyage."

A une semaine du départ, Michel Piard s'est rendu à l'évidence. Il sera bien parmi les 40 000 athlètes du Marathon de New York.


Les mots qu'il faut. A 90 centimètres de lui, comme à Paris, comme à La Rochelle, au bout du cordon qui les relie, il y aura Claude Mallet, son pilote. Entre les deux hommes la confiance est essentielle. Elle s'est développée au cours de longues séances de préparation et de quelques courses faites ensemble.


"Maintenant, c'est moins la peine de parler, explique Claude. C'est difficile à expliquer, mais il sent quand il faut tourner ou éviter un obstacle. Ma présence reste quand même indispensable."


A New York, Claude et Michel courront avec des maillots sur lesquels seront écrit "guide" et "blind-man". Une façon de se signaler aux autres coureurs, et d'éviter que certains passent entre les deux hommes et s'empêtrent dans le ruban qui les lie. Une façon involontaire aussi d'attirer leur sympathie : "Ca se traduit la plupart du temps par une tape sur l'épaule, et quelques mots pour nous dire qu'on est des sportifs accomplis", raconte Michel.


Claude a aussi un autre rôle : celui de trouver les mots qu'il faut lorsqu'on ne compte plus ni les bornes ni les heures et que le découragement se fait sentir : "Allez, trois kilomètres encore et c'est les applaudissements de la foule !" Mais il y a à New York un domaine dans lequel le guide de Michel Piard ne lui sera d'aucune aide : "L'anglais ! Nous n'en parlons, l'un comme l'autre, pas un traître mot."


Alexandre Bruand : Extrait de www.sudouest.com




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