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violences conjugales : une plateforme pour "crédibiliser la parole des victimes"

vendredi 27 novembre 2020 à 08h26

Lancé lundi par la fédération France victimes, Mémo de vie permet de consigner les violences subies. Un outil utile pour étayer les enquêtes. Un autre site dédié aux femmes handicapées est aussi en ligne depuis mercredi.

L’objectif est ambitieux : aider chaque année 20 000 femmes victimes de violences conjugales en enregistrant sur une plateforme numérique, baptisée Mémo de vie, les violences subies. La création d’un compte sécurisé leur permet de tenir une sorte de "journal intime", d’y consigner les violences subies, d’évaluer leur sentiment de danger ainsi que leur humeur du jour, mais aussi de conserver dans un "coffre-fort numérique" des photos, enregistrements sonores, vidéos, des documents officiels et autres certificats médicaux.

L’ouverture d’une phase d’expérimentation "grandeur nature" de six mois a été lancée ce lundi par France Victimes (fédération nationale des associations d’aide aux victimes, qui gère notamment le numéro d’aide 116 006), en lien avec le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti, la ministre déléguée à l’Egalité Elisabeth Moreno et la ministre déléguée en charge de la Citoyenneté Marlène Schiappa. Un déploiement "à grande échelle" est ensuite prévu courant 2021. L’idée de créer Mémo de vie est née lors de la consultation citoyenne "Stop aux violences faites aux femmes" menée par Make.org entre novembre de 2017 et février 2018. La création de ce dispositif faisait partie des 4 300 propositions retenues.

"Ça me permet de me confier"

"On a déjà travaillé depuis juillet avec six territoires pilotes. On ne pouvait pas développer cette plateforme sans l’avis des victimes et des professionnels", détaille Olivia Mons, porte-parole de la fédération. Marion (Le prénom a été changé), 33 ans, fait partie des victimes de violences conjugales ayant testé en amont le dispositif : "Les jours où ça ne va pas, ça me permet de me confier et de rapporter ce qu’il se passe avec mon ex-conjoint. Ce récit au jour le jour fait aussi ouvrir les yeux sur la gravité de la situation". Elle souligne également l’intérêt de la fonction de suivi de l’humeur qui lui "permet de voir à peu près où [elle se] situe".

Si Marion ne craint pas que son ex-conjoint accède à la plateforme, il est cependant courant que les agresseurs exercent un contrôle numérique et fouillent les téléphones ou ordinateurs de leur conjointe ou ex-conjointe. Des garde-fous ont donc été mis en place contre ces cyberviolences : la plateforme n’étant pas une application à télécharger, elle n’apparaît pas sur l’écran d’accueil ; après trois minutes d’inactivité, l’utilisateur est automatiquement déconnecté ; en cas d’urgence, un bouton «Vite, je quitte» renvoie vers une page web neutre avec l’impossibilité de revenir en arrière.

"Faciliter la reconnaissance de la culpabilité"

Les traces écrites et documents servent aussi à étayer l’enquête des forces de l’ordre et de la justice. "Dans de très nombreux cas, c’est parole contre parole. Avec Mémo de vie, ça sera la parole du mis en cause face à celle de la victime étayée par des éléments chronologiques, contextualisés, illustrés parfois. Une manière de faciliter la reconnaissance de la culpabilité de l’auteur", note Olivia Mons. Joël Garrigue, procureur de la République de Bourges, qui a participé à la première phase d’expérimentation, abonde : "Ça contribue à crédibiliser la parole de la victime et fixe les choses que la mémoire peut oublier assez rapidement ou distordre au fil du temps". Si ces écrits n’ont pas la même valeur juridique qu’un témoignage, ils sont complémentaires : "La victime peut s’appuyer dessus et témoigner de faits bien plus précis. Ils ont la même valeur que lorsque l’on trouve un journal intime, sauf qu’ils sont sécurisés".

Marion, qui a entamé un recours en justice, espère que ces preuves écrites puissent donner "davantage de poids" à son témoignage. "J’ai dit beaucoup de choses aux forces de l’ordre et à beaucoup d’autres personnes, les mots que je pose sur Mémo de vie sont les mêmes, ça montre ma crédibilité". La victime n’est d’ailleurs pas obligée de tenir elle-même ce journal. Les proches peuvent aussi se saisir de la plateforme pour noter tout ce qu’il se passe et ce qu’ils constatent d’inhabituel. Ce nouvel outil "vient compléter l’arsenal déjà déployé comme le téléphone grave danger ou le bracelet anti-rapprochement", estime Joël Garrigue. Si la plateforme a été pensée en priorité pour les victimes de violences conjugales, elle s’adresse à toute personne "s’estimant victimes de violences", note Olivia Mons.

accessibilité pour les femmes handicapées

Des améliorations sont déjà à l’étude pour qu’un maximum de personnes puissent s’en emparer, comme la mise en place d’une version multilingue et son adaptation aux situations de harcèlement. L’une des priorités est aussi de rendre Mémo de vie accessible aux personnes handicapées. En attendant, un autre site, lancé ce mercredi, a été conçu spécifiquement pour ces dernières. "Ecoute violences femmes handicapées", créé par l’association Femmes pour le dire femmes pour agir (F.D.F.A.), se veut un centre de ressources, centralisant nombre de rapports, études ou vidéos sur le sujet. Le site dispense aux concernées et à leurs proches des conseils pour repérer les violences, quitter le domicile, porter plainte.

Conçu dans l’optique de s’adresser au plus grand nombre, qu’importe le handicap, il utilise le logiciel d’accessibilité numérique Facil’iti, propose une police grandissante, une police pour les personnes dyslexiques, une page en français facile à lire et à comprendre (adapté notamment aux personnes ayant un handicap mental), des vidéos sous-titrées. De quoi inspirer les autres plateformes de soutien aux victimes.

source : msn.com




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