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Appauvrissement du web public selon les villes riches?

lundi 19 janvier 2009 à 16h48

Projet de décret sur l’accessibilité aux techniques de l’information et de la communication : un risque d’appauvrissement du "Web" public selon L’Association des Maires de Grandes Villes de France.

L’Association des Maires de Grandes Villes de France (A.M.G.V.F.) dans sa lettre d’information du 17 décembre 2008, "Grandes villes Hebdo", taille en pièce le projet de décret d’application de l’article 47 de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 sur l’égalité des droits et des chances.

Jugez plutôt :

Le dossier de l’AMGVF :
"En l’état actuel de sa rédaction, ce projet, qui vise à généraliser l’accessibilité des sites Web publics d’ici trois ans, risque de poser des problèmes d’application pour les grandes villes. Internet représente un puissant outil d’intégration des personnes handicapées, en leur donnant accès à des services et documents qu’il leur était difficile de se procurer ou de consulter auparavant, sous réserve que les sites respectent certaines règles techniques définies au niveau international (Web Content Accessibility Guidelines). Plusieurs grandes villes, alors même que la loi n’était pas encore votée, avaient pris des initiatives en ce sens.

L’avis d’Handicapzéro :
Nous ne pouvons que partager ce constat qui dresse un état des lieux, plutôt lucide, de l’alternative que peut représenter internet pour certains administrés. On devine en effet à travers ces premières lignes que des difficultés existent, voire que des inégalités perdurent puisque certains citoyens n’auraient pas accès à certains services et documents, comme les déficients visuels par exemple.

L’AMGVF :
"Toutefois, certains services, pour des raisons technologiques ou de sécurité, ne peuvent pas être rendus accessibles à tous les handicapés. Il s’agit, par exemple, des versions en ligne des systèmes d’information géographique, dont la vocation est de permettre de visualiser les politiques menées et d’offrir des services, comme dans le domaine de l’urbanisme."

Handicapzéro :
Il est toujours possible de prévoir une alternative textuelle à ce type d'information.

L’AMGVF :
"On peut également citer les services de télépaiement qui utilisent des "cryptogrammes visuels", indéchiffrables, pour des raisons de sécurité, par un logiciel employé par un malvoyant."

Handicapzéro :
C'est faux, il existe aujourd'hui des alternatives qui permettent de les déchiffrer. Par exemple, la lecture audio de ces cryptogrammes est techniquement possible, si on le prévoit. Autre exemple : la société Xiring a mis au point un lecteur qui permet aux déficients visuels de payer en ligne sur internet, de consulter leur compte bancaire en toute sécurité par le biais du programme d’authentification de Mastercard. Citons également la solution Webvisum qui permet la lecture de contenus cryptés avec Mozilla Firefox.

L’AMGVF :
"Par ailleurs, le décret risque de se traduire par un appauvrissement considérable du Web public, alors même que le Web constitue un élément de différenciation et de compétitivité des territoires."

Handicapzéro :
La notion "d’appauvrissement du web public" nous semble peu explicite et pour le moins subjective. Qu’entend-on par un site riche ? Un site peut être riche s’il propose en même temps de très nombreux contenus, tout en utilisant les toutes dernières technologies (la 3D, les animations flash, les vues panoramiques, les vidéos, certaines applications du web 2.0…). A condition de prévoir à toutes ces technologies des alternatives accessibles à tous. Il n’est pas question pour les associations représentatives de personnes handicapées de pénaliser les internautes non-handicapés, amateurs de ces technologies.

Soyons sérieux. Heureusement que certaines grandes villes de France n’ont pas tenu compte de ce type de raisonnement absurde sans même attendre le décret d’application de l’article mentionné plus haut.
Parmi ces grandes villes ou communautés de communes, citons quelques exemples de villes membres de l’Association des Maires de Grandes Villes de France pour lesquelles un véritable effort d’accessibilité a été réalisé :
brive.fr, charentonlepont.fr, legrandchalon.fr, leplessistrevise.fr,  lillemetropole.fr:80 , mairie-saint-pierre-sur-dives.fr, nantes.frnantesmetropole.fr, noisylegrand.fr, paris.fr,  saintcloud.fr, ville-cherbourg.fr,  ville-gradignan.fr, ville-saintouen.fr, blancmesnil.fr, carcassonne.org, lyon-france.com.

Est-ce que la mise en accessibilité des sites internet de ces grandes villes a nuit à leur singularité et à la compétitivité de leurs territoires ? Cette question devrait leur être posée par leur association représentative.

L’AMGVF :
 "Les grandes villes et notamment, par exemple, les offices de tourisme ou les musées, vont-ils devoir renoncer au Web pour être certains de respecter la loi ? La 3D, les mondes virtuels, les animations flash, les vues pano-ramiques, les vidéos, certaines applications du web 2.0, etc, sont des outils indispensables aujourd’hui pour nombre d’acteurs publics, notamment dans le domaine du tourisme et de la culture."

Handicapzéro :
Là encore, c'est faux, les technologies innovantes sont autorisées à partir du moment où une alternative accessible est prévue, et en particulier si elle est intégrée dès sa conception. Pour reprendre chacune de ces technologies :

• 3D et mondes virtuels (même si ces technologies sont très rarement utilisées par les mairies) : il est tout à fait possible de prévoir des alternatives accessibles, ne serait-ce que des interactions en mode texte.

• Animations flash : jusqu'à présent, nous sommes toujours parvenus à prévoir des alternatives HTML qui traduisent de façon accessibles ces animations, y compris pour celles qui étaient interactives (notamment des recherches cartographiques).

• Vues panoramiques : les mêmes solutions que pour les animations flash.

• Vidéos : il existe depuis longtemps des méthodes (en particulier SMIL) pour rendre accessibles les vidéos.

• web 2.0 : le web 2.0 n'est pas interdit à partir du moment où il prévoit tous les cas d'utilisation. Par exemple, on recourt souvent à l'utilisation d'Ajax (javascript) pour mettre à jour les contenus de certaines pages sans les rafraîchir complètement. Si le javascript d’un utilisateur n’est pas activé, il est tout à fait envisageable de le prévoir et dans ce cas, de forcer le rafraîchissement de la page. A noter au passage qu'une grande partie des utilisateurs handicapés ne sont pas forcément concernés puisqu'ils ont le javascript activé.

L’AMGVF :

 "En outre, cela pourrait coûter plus cher aux villes : si la question de l’accessibilité est désormais intégrée aux appels d’offres pour créer un site, on estime que mettre aux normes un site existant pourrait doubler quasiment le prix du site. C’est pourquoi, l’Association a saisi à ce sujet la Direction générale de la modernisation de l’État (D.G.M.E.)."

Handicapzéro :
Dès lors que l’accessibilité est prise en compte dans le cahier des charges en amont d’une création ou d’une refonte d’un site web, les SSII répondant à ce type d'appel d'offre ne pourront, sous peine d'être évincées, inclure un surcoût supplémentaire lié à la demande de mise en accessibilité.

L’approche d’Handicapzéro sur cette question est très claire et n’a pas changé depuis 2000 : c’est lors de la création ou de la refonte d’un site web que la mise en accessibilité doit être prise en compte. Le surcoût de la mise en accessibilité d’un site existant peut en effet s’avérer très important. Ce type de contraintes pourrait  s’avérer selon nous contreproductif à la généralisation de l’accessibilité.

Enfin, un dernier mot sur la notion "d’appauvrissement" évoquée par l’AMGVF. Cette notion, même si elle est utilisée à d’autres fins, nous renvoie inévitablement à des considérations financières. Poussons un peu plus loin le raisonnement : les sites web des villes de France sont financés grâce à une partie des impôts locaux de tous les administrés. Les personnes handicapées n’échappent pas à la règle.

Pour éviter cet "appauvrissement considérable du Web public", l’AMGVF serait-elle prête à proposer à ses villes membres de renoncer aux contributions de leurs concitoyens internautes handicapés ?




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