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tourisme pour les malvoyants, partir en vacances est une véritable galère




Pour les plus de 1 100 000 personnes à acuité visuelle réduite, acheter en ligne un billet ou être accepté avec son chien guide devient un chemin de croix. Au point qu'un sur deux renonce à partir.

Les chiffres sont hélas têtus. Encore aujourd'hui, en France, un malvoyant sur deux a renoncé à partir en vacances cet été. C'est ce que dévoile une étude OpinionWay réalisée fin juillet pour la Fédération française des associations de chiens guides d'aveugles (Ffac). "Quand on est aveugle, on ne peut pas se lever un beau matin et ­partir sur un coup de tête", explique Jean-Claude Calif.

Le président des Joyeux Mirauds propose depuis 2001 des voyages pour personnes malvoyantes. "Il faut une organisation en amont, savoir où l'on met les pieds", dit-il. S'évader en vacances ressemble toujours à un chemin de croix pour les plus de 1 100 000 personnes malvoyantes. On estime que dans notre pays, 90 % des plus de 65 ans souffrent d'une déficience visuelle. De façon générale, la France continue d'accumuler un retard assez lourd dans l'inclusion des personnes handicapées.

l'art et la manière : contourner les problèmes

Quand on prépare son séjour, c'est souvent le même ­rituel. On réserve un billet de train, d'avion, de car. Et on choisit son habitation, généralement via Internet. Pour un malvoyant, c'est le début des ennuis. 70 % d'entre eux rencontrent des difficultés pour réserver un billet en ligne ou un hôtel car 90 % des sites ne sont toujours pas accessibles avec l'assistance vocale. Idem pour les sites gouvernementaux. "Les sites Internet sont de plus en plus graphiques. C'est très compliqué de se servir de la synthèse vocale", enfonce Nathalie Joncour, malvoyante et conseillère municipale à Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée). "J'utilise un zoom très fort. J'arrive quand même à entrer comme ça dans pas mal de sites." Jean-Claude Calif tempère. "Il faut souvent de la patience. Même si on y arrive, on met deux à trois fois plus de temps qu'un voyant."

Alors, quand il s'agit de prendre un billet de train, Jean-Pierre Brouillaud, poète, écrivain, voyageur et philosophe atteint de cécité, a développé quelques ­astuces. "J'ai abandonné le site de la S.N.C.F., qui n'est pas adapté." Le gaillard de 66 ans n'est pas novice en la matière. Il a sillonné le monde et relate ses aventures au fil de ses romans. Il explique la combine : "J'utilise Accès Plus, le service d'accueil en gare et d'accompagnement jusque dans le train de la S.N.C.F.. J'appelle quarante-huit heures avant mon départ. J'arrive au guichet vingt minutes avant et une personne me prend en charge. Elle m'emmène jusqu'au train et appelle les différentes gares dans lesquelles j'ai des correspondances pour y être aidé par d'autres agents." L'art et la manière d'un malvoyant : contourner les problèmes. Avec ténacité et stoïcisme. Toujours.

partir en pleine campagne reste impossible

Une fois la logistique des transports passée, choisir son lieu de vacances n'est pas non plus une mince affaire. Il faut trouver un endroit stratégique. Le travail de repérage préalable sur l'accessibilité du lieu est indispensable. "On essaie d'avoir le maximum de commodités à proximité, les principaux commerces, les transports en commun, pour être le plus autonome possible", décrit Pascal Roger, coprésident des Joyeux Mirauds. Selon l'étude de la Ffac, 63 % des malvoyants estiment être contraints par leurs déplacements. Partir en pleine campagne reste impossible, à moins d'être accompagné par des voyants, des amis ou de la famille. Les personnes ­atteintes de cécité qui ont la chance d'avoir un chien guide (elles ne sont que 1 %) sont les plus susceptibles de partir. Le chien leur offre de la légèreté dans les déplacements. Selon la loi, ils doivent être acceptés dans tous les lieux publics et par tous les prestataires de services.

"s'il n'y a pas d'acce­ssibilité ­prévue, on laisse tomber"

La loi est une chose, la respecter est une autre histoire. Nathalie Joncour, toujours accompagnée de son chien, se souvient de ce jour où elle commande un taxi sur une application mobile. Le chauffeur, à la vue du chien, lui interdit l'accès. La jeune femme en ­rirait presque. "Il a balbutié une excuse pour ne pas m'embarquer, prétextant ne pas avoir d'assurance pour ce type de voyageur…" Les restaurateurs n'y vont pas de main morte non plus. "Il n'y a pas si longtemps, je n'ai pas eu le droit d'entrer dans un restaurant, j'ai dû rester en terrasse", dénonce Nathalie Joncour. Il n'est pas non plus rare que les malvoyants soient placés en fond de salle, "pour que personne ne nous voie", souffle la conseillère municipale.

En ce qui concerne les activités, c'est aussi le dilemme. Qu'est-ce qui est faisable ou non ? Selon la Ffac, 53 % des malvoyants estiment qu'il est difficile de pratiquer une activité physique en ­vacances et 42 % une activité culturelle. Néanmoins, Nathalie Joncour préfère positiver : "Il y a des choses à faire mais il faut prévoir, appeler ­l'office de tourisme. C'est toute une organisation supplémentaire." Début août, Pascal Roger a organisé un séjour inclusif dans le Jura par l'intermédiaire de son association. Des vacances pour les malvoyants ­guidés par quelques accompagnateurs valides. Tout était prévu. Mais il a dû passer longtemps en amont d'innombrables appels aux organismes de loisirs. "S'il n'y a pas d'acce­ssibilité ­prévue ou une collaboration avec les conservateurs de musée ou les guides touristiques, on laisse tomber", précise-t-il. Pour le Jura, il en avait ­sélectionné une trentaine. Essentiellement des randonnées, des ­visites de monuments et d'expositions. Finalement, il a dû renoncer à 20 % d'entre elles. Il relativise. "Beaucoup d'efforts ont quand même été faits. Il y a vingt ans, c'était 50 % des activités qui n'étaient pas accessibles."

Les associations ne demandent pourtant pas la mer à boire. Simplement que la loi sur le handicap de février 2005 soit appliquée. À savoir : favoriser l'autonomie. Nathalie Joncour soupire. "Comme tout le monde, quand on part en vacances, c'est pour prendre du bon temps, n'est-ce pas ? S'il est impossible pour nous d'accéder à la plupart des lieux, si nous nous heurtons constamment à des refus… quel est l'intérêt ?"

source : humanite.fr





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