
Perpétuité possible pour les violeurs en série, enquêtes accélérées pour les crimes contre les enfants : Sébastien Lecornu a présenté mardi de premières mesures pour tenter de répondre à la colère et l'immense émotion suscitées par la mort de la jeune Lyhanna, 11 ans.
A l'issue d'une réunion avec plusieurs ministres, le chef du gouvernement a proposé de renforcer les peines pour les violeurs en série sur mineurs, qui pourront encourir la perpétuité au lieu de 20 ans actuellement. Il a suggéré ensuite devant les députés d'étendre cette disposition aux personnes majeures.
Concernant les crimes contre les enfants, les actes d’enquête devront être effectués "dans un délai maximal de trois mois", a également proposé le Premier ministre. Une mesure qui répond à l'inaction de la justice face au principal suspect dans la mort de Lyhanna, Jérôme B. qui, avant ce drame, avait fait l'objet de plusieurs plaintes et signalements.
Quatre mesures seront au final intégrées "dans dix jours" dans le projet de loi sur la protection des enfants, déjà présenté en Conseil des ministres et qui sera examiné par le Parlement le 15 juillet.
Le Premier ministre a également promis d'avancer sur un autre texte d'origine parlementaire, visant à traiter de manière globale ("intégrale") les violences sexistes et sexuelles, soutenu par la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet.
Il recevra "en fin de semaine" les députés qui le promeuvent et n'exclut pas de prendre des mesures "réglementaires" en amont de son examen par le Parlement.
Sébastien Lecornu répondait à une question de la cheffe de file des députés Rassemblement national, Marine Le Pen, qui soutiendra ces mesures, dénonçant un appareil judiciaire qui "a failli".
- "Je ne comprends pas" -
"La justice n'a pas fait son travail, je ne comprends pas pourquoi il faut attendre aussi longtemps", a déclaré lors d'une conférence de presse depuis Toulouse la mère de Rosa, une enfant de 10 ans, qui accuse Jérôme B. de viol.

Retenant ses larmes, elle a interpellé le gouvernement.
Car elle avait déposé une plainte en août 2025 qui n'a débouché sur aucune convocation du suspect et qui n'a pas été suivie d'actes d'enquête suffisamment rapides. De longs mois se sont écoulés entre ce signalement et l'enlèvement de Lyhanna, à Fleurance (Gers), le 29 mai.
La pression s'accentue sur le gouvernement. Après le courroux exprimé dans plusieurs villes de France par plus de 60.000 manifestants lundi soir contre les dysfonctionnements dans cette affaire, des plaintes vont être déposées visant l'inaction des pouvoirs publics.
L'avocat de la mère de Rosa a annoncé vouloir poursuivre l'Etat pour "faute lourde" et saisir la Cour de justice de la République contre le garde des Sceaux Gérald Darmanin.
Bien qu'il ait rapidement reconnu des "dysfonctionnements accablants", le ministre de la Justice a exclu de démissionner. Il a ordonné que soient passées en revue d'ici au 14 juillet les 70.000 plaintes actuellement dans les tribunaux qui impliquent des enfants.

Il a été entendu au Sénat dans la matinée avec son collègue de l'Intérieur Laurent Nuñez.
Sébastien Lecornu a, pour sa part, souligné "l'effroi" mais aussi "une incompréhension sur les circonstances" du décès de Lyhanna.
- Prescription -
Sur les règles de prescription, il a demandé au garde des Sceaux et à la ministre à l'Egalité femmes-hommes Aurore Bergé de réunir les présidents de groupe et les parlementaires concernés "pour essayer de bâtir un compromis qui (...) permette d'avancer".
Le gouvernement, particulièrement Gérald Darmanin, est sur une ligne de crête. Ils doivent tenir compte de l'émotion sans heurter l'ensemble de l'institution judiciaire.
Le Premier ministre a redit sa "confiance" dans "l'ensemble des métiers de justice" après que le Conseil supérieur de la magistrature a déploré le "discrédit jeté sur des milliers de magistrats", répondant aux critiques sur le traitement de l'affaire.
Lyhanna n'est pas la conséquence "d'un dysfonctionnement" mais du "fonctionnement ordinaire de la police et de la justice", a au contraire déploré le député de gauche François Ruffin.
"Nous n'avons pas besoin de nouvelle loi pour ce cas très précis. Nous n'avions pas besoin de davantage de moyens", a redit mardi M. Darmanin, interrogé par plusieurs députés. "Il nous a manqué de prioriser des viols sur mineurs", avait-il dit lundi.
Laurent Nuñez a aussi demandé aux policiers et gendarmes que les affaires de violences sexuelles sur mineurs deviennent prioritaires.
L'affaire Lyhanna s'est invitée dans la campagne présidentielle, les candidats potentiels ou déclarés se divisant sur les moyens alloués à la justice, la responsabilité des magistrats ou les éventuelles lois pour mieux protéger les victimes.
Les crédits affectés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles "seront préservés" dans le budget 2027, a assuré Sébastien Lecornu.