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le braille face à la concurrence des nouvelles technologies

lundi 22 avril 2019 à 08h44

Assistants vocaux, enceintes connectées, intelligence artificielle, les innovations technologiques ont considérablement amélioré le quotidien des non-voyants. Jusqu'à concurrencer le braille ?

Pour communiquer sur le service de messagerie WhatsApp, Muriel Siksou utilise la commande vocale de son smartphone. Un geste devenu fréquent pour de nombreux utilisateurs, un outil essentiel pour cette ancienne secrétaire médicale, malvoyante depuis une dizaine d'années.

 

"Les nouvelles technologies me permettent d'être autonome", explique à la RTS Muriel Siksou. Grâce à son smartphone et sa commande vocale, la Vaudoise peut communiquer et rechercher des informations à l'extérieur de son domicile, loin de son ordinateur portable et de son appareil de lecture.

 

"C'est une révolution considérable", estime Jean-Marc Meyrat, chargé d'accessibilité numérique à l'Association pour le bien des aveugles et des malvoyants et lui-même aveugle. Avec les nouvelles technologies, les personnes aveugles et malvoyantes peuvent utiliser des services de messagerie, prendre connaissance de photos grâce à leur audio-description, scanner des documents ou utiliser des outils de traduction, explique à la RTS celui qui est aussi le responsable romand de l'Ecole de la pomme, une association qui forme les personnes malvoyantes aux nouveaux outils.

 

"de moins en moins de personnes savent lire le braille"

En Suisse, 77'000 personnes souffrent d'une limitation importante ou complète de la vue, soit 1,1% de la population, selon les derniers chiffres de l'Office fédéral de la statistique. En 1992, elles représentaient 1,7% de la population.

 

"Il y a de moins en moins de personnes aveugles et très malvoyantes dans les pays industrialisés", confirme Jean-Marc Meyrat. "Ce qui signifie qu'il y a moins de personnes qui savent lire le braille. Mais l'utilisation du braille est aussi en baisse, car pour les personnes qui perdent la vue, on part du principe que leur ajouter l'apprentissage du braille dans ce processus est trop compliqué." A l'image de Muriel Siksou, devenue malvoyante à l'âge adulte, qui n'a jamais appris le braille.

 

Une double peine, selon Jean-Marc Meyrat. "Si vous ne savez pas le braille, vous êtes frustrés quand vous écrivez un mail de peur de faire des fautes d'orthographe avec la commande vocale et vous serez beaucoup moins intégré dans la société, car vous aurez de la peine à trouver des débouchés professionnels", estime-t-il.

 

des nouvelles technologies qui "donnent du peps"

Le braille est-il en crise ? En France, on estime à 10% les aveugles lecteurs de braille. Des chiffres qui ne sont pas disponibles pour la Suisse.

 

Pour Jean-Marc Meyrat, l'arrivée de nouvelles technologies ne représente pas une concurrence pour le braille. Au contraire, "elles vont lui redonner du peps", affirme le formateur. Il a lui-même jumelé un appareil de prise de notes en braille à son iPhone, ce qui lui permet d'être parfaitement autonome pour lire et rédiger des messages et emails en mobilité.

 

Aveugle depuis la naissance, Blinera croit aussi en la complémentarité du braille et des nouveaux outils. L'adolescente suit une scolarité normale au cycle. Elle se rend aussi tous les jeudis après-midi à un centre d'appui pour élèves déficients visuels.

 

Pour écouter de la musique ou écrire des messages, Blinera utilise volontiers la commande vocale de son téléphone, mais ne pourrait pas se passer du braille pour la lecture. "Je déteste lire avec une synthèse vocale", explique-t-elle. "Pour bien m'imaginer les choses, j'aime bien les lire."

 

"L'oralité est une belle chose", déclare Jean-Marc Meyrat. "Mais sentir un texte, vivre un texte, est essentiel."

 

interviews: Fanny Moille

adaptation web: Tamara Muncanovic

source : rts.ch