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apprendre le braille en s'amusant

L'apprentissage du braille pour les personnes non-voyantes est long et difficile. Un jeune entrepreneur messin a eu l'idée de créer Br'eye, un appareil éducatif ludique qui aide à apprendre cet alphabet.

Jean Massou, 22 ans, a suivi un cursus étudiant-entrepreneur à Metz. Il a construit ce projet dès la classe de terminale, pour un Bac scientifique, après une rencontre avec une voisine de son village, non-voyante.

"Je n'avais aucune connaissance du monde de la déficience visuelle. Ca a été une vraie rencontre et une découverte. On leur a posé une question typique des ingénieurs : quel est votre besoin ? On est arrivé sur la question du braille, de fil en aiguille on a monté ce projet, identifié les problèmes".

Le projet d'étude est depuis devenu une entreprise Handi Exceller, hébergée à Nancy. Les difficultés d'apprentissage du braille auquel le dispositif entend répondre ont vite été cernées.

"C'est une vraie épreuve d'apprendre le braille. Ca demande beaucoup de rigueur et d'implication. Les méthodes actuelles font que le suivi est compliqué, pour les encadrants comme pour les apprenants. Il y a 60% d'abandons en France chez les apprenants, 70% au niveau international."

La non-maîtrise du braille n'est pas sans conséquence sociales pour les personnes non-voyantes. "Ces étudiants qui n'apprennent pas le braille ne font pas d'études, ont du mal à s'insérer professionnellement, se voient refuser des milieux socio-professionnels bien spécifiques", ajoute Jean Massou.

accompagner l'apprentissage de bout en bout

En proposant un dispositif ludique, Br'eye espère augmenter le temps de pratique journalière et l'implication, pour lutter contre le découragement.

"Nous souhaitons que l'apprentissage du braille ne soit plus une épreuve mais une expérience."

En pratique, Br'eye se présente sous la forme d'un petit boîtier, un peu comme une manette de jeu vidéo avec des boutons de commande qu'on actionne avec les pouces et les index, sur lequel on pose des dominos marqués chacun d'une lettre en braille. Jean Massou nous fait une démonstration, Br'eye lui demande quelle est la capitale du Danemark. Il saisit les jetons, cherche les lettres qui l'intéressent pour tenter de répondre. A chaque fois qu'il place une lettre sur le boîtier, celui-ci la reconnaît et la prend en compte.

"Là, ce sont des jetons, mais au fur et à mesure des évolutions, l'utilisateur peux ensuite connecter sa plage braille (N.D.L.R. clavier connecté en braille), pour écrire avec celle-ci et arriver vers la dernière phase d'apprentissage du braille, qui est primordiale."

Pour développer Br'eye, Jean Massou a lui-même appris le braille. L'équipe d'Handi Exceller a travaillé avec des professeurs et éducateurs pour développer différents jeux éducatifs, certains musicaux, souvent interactifs. Le projet est maintenant d'étendre le dispositif à d'autres handicaps.

On va adapter Br'eye aux personnes à la fois malentendantes et mal-voyantes. Le paramétrage et l'apprentissage seront encore plus personnalisés, par une intelligence artificielle, donc automatisé. C'est un projet ambitieux d'un point de vue technologique mais encore plus d'un point de vue humain.

En attendant ces développements, le boîtier pour personne non-voyantes, entièrement fabriqué en France, sera lui bientôt commercialisé. D'abord à l'adresse des instituts ou écoles spécialisées, le prix étant pour l'instant encore assez élevé : 2000 euros. Ce prix pourra baisser si Br'eye est fabriqué sur de plus grandes séries.

source : franceinter.fr