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spectacle de cirque audiodécrit

Piloter la première audiodescription d'un spectacle de cirque au Québec, voilà le défi que s'était donné l'équipe de Danse-Cité. Deux descriptrices juchées dans un box de la TOHU ont décrit chaque moment de la pièce acrobatique Kintsugi, de Machine de cirque, à 40 personnes aveugles ou semi-voyantes.

"Anne-Marie est debout à l'extrémité de la planche, qui repose au sol. Elle tend les bras vers Raphaël, qui est debout sur les épaules de Francis, juste derrière elle. Évelyne et Damien courent et sautent sur l'autre extrémité de la planche ! Anne-Marie est propulsée dans les airs. Raphaël la soutient en position de main à main !"

Non, il ne s'agit pas d'une description de danse sur glace d'Alain Goldberg aux Jeux olympiques de Milan-Cortina, mais bien d'un segment audio d'Alida Esmail, qui était l'une des deux descriptrices du spectacle Kintsugi, de Machine de cirque.

Évidemment, on pouvait s'attendre à ce que, parmi les spectateurs qui ont assisté à la pièce acrobatique, on entende des oh ! et des ah ! Et c'est l'objectif des descriptrices : s'assurer que les 40 personnes aveugles ou semi-voyantes qui avaient vu le spectacle puissent s'émerveiller elles aussi des exploits… qu'on leur avait décrits.

Pour faciliter leur compréhension des figures acrobatiques, mais aussi des nombreux appareils que l'on retrouve dans des spectacles de cirque, l'équipe de Danse-Cité avait organisé en amont une visite des coulisses de Kintsugi incluant une introduction au monde du cirque et un atelier tactile (le jour du spectacle).

En clair, on leur a expliqué brièvement les disciplines de cirque qui ont été privilégiées, en l'occurrence : le trapèze, la corde lisse, le mât chinois, le numéro de suspension capillaire ou encore la planche sautoir. Mais elles pouvaient également toucher aux agrès. On leur a dit comment les artistes vont les utiliser.

Et puis on leur a expliqué aussi ce qu'est une colonne à trois, ce qu'est du main à main, etc. Bref, elles ont eu accès à l'a b c du cirque afin de bien visualiser les scènes qui leur seront décrites. Enfin, elles ont pu rencontrer les artistes après la représentation.

"Elles", ce sont 40 personnes âgées de 10 à 80 ans, qui n'ont pour la plupart jamais vu de spectacle de cirque. Elles viennent de Montréal, mais aussi du Saguenay, des Laurentides et de Québec. "Pour une dizaine d'entre elles, il s'agit d'une première expérience d'un spectacle audiodécrit", nous dit Maud Mazo-Rothenbühler, directrice du développement et des communications chez Danse-Cité.

Au début du spectacle, la descriptrice a fait un résumé du concept du spectacle : Kintsugi, qui fait référence à cet art japonais consistant à réparer des pièces de céramique ou de porcelaine avec de la laque et de la poudre d'or, étant ici une métaphore pour parler de la manière dont on sublime les imperfections. Dans les relations humaines, par exemple.

Dans le contexte d'un spectacle d'art vivant, le metteur en scène Olivier Lépine s'est amusé à relier le destin des différents personnages.

une expérience en danse

Danse-Cité a commencé à s'intéresser aux enjeux sociaux liés à l'accessibilité dès 2019.

"L'audiodescription commençait dans le milieu théâtral anglophone, mais il n'y avait rien qui se faisait en danse ou en cirque, précise Maud Mazo-Rothenbühler. On s'est dit : on va se concentrer sur les personnes aveugles et semi-voyantes, parce qu'il n'existe pratiquement rien pour elles."

Une experte française (Valérie Castan) est venue au Québec pour former un premier pôle d'audiodescription en danse. Depuis, une vingtaine de spectacles de danse ont été audiodécrits au Québec depuis 2021. Les théâtres Duceppe et le Rideau Vert ont également offert des expériences d'audiodescription à ce public.

Six personnes ont été formées à Montréal, dont les deux descriptrices qui officieront durant le spectacle de Machine de cirque : Alida Esmail et Emmalie Ruest, qui se partageront le travail : 40 minutes chacune.

Alida Esmail, descriptrice : "Notre plus grand défi dans l'audiodescription de spectacles de danse contemporaine est de décrire un univers sensoriel qui est souvent abstrait. Comment guider ce public sans le frustrer ? Tout le défi est là. Mais toute la recherche qu'on fait en amont, l'intention et l'esthétique du chorégraphe, même si on ne le voit pas, nous alimentent. Tout le sous-texte de l'interprète nous aide aussi."

Danse-Cité a donc contacté la TOHU avec ce projet, ajoute Maud Mazo-Rothenbühler. "Je trouvais qu'il y avait une parenté intéressante entre la danse et le cirque, et la TOHU a embarqué. Donc on avait vraiment hâte, même si on est conscients des nombreux défis qu'on doit relever, parce que tout se passe très vite en cirque. Mais notre but est de transmettre le vertige, le risque et l'effet wow ! des arts du cirque."

source : lapresse.ca