Au Palais de Tokyo, un artiste interroge l'accessibilité des musées aux personnes en situation de handicap
Dans le cadre de la saison d'expositions "Normes Corps" du Palais de Tokyo, l'institution parisienne accueille une exposition de l'Américain Joseph Grigely. Il s'intéresse à l'accès à la culture des artistes et du public en situation de handicap… allant jusqu'à jouer avec le centre d'art lui-même.
Les corps et les normes qui les touchent sont au cœur de la nouvelle saison d'expositions du Palais de Tokyo, intitulée "Normes Corps". Comme à son habitude, le centre d'art contemporain situé dans le 16ème arrondissement de Paris programme ses expositions sous la forme de "saisons", où plusieurs expositions tournent autour d'une même thématique. Jusqu'à la fin de l'été, l'artiste Pauline Curnier Jardin explore la question des corps féminins, pendant que Benoît Piéron réagit à sa façon à la découverte de son intersexualité (il a découvert à la quarantaine qu'il était né avec des attributs biologiques des deux sexes), et que Jesse Darling se joue des codes et des normes du pouvoir.
Parmi les "normes" questionnées, il y a celles des corps porteurs de handicap : l'une des propositions artistiques fortes de cette saison revient sur le travail et l'héritage de la poétesse américaine Cheryl Marie Wade et de l'école artistique américaine au sein de laquelle elle a évolué dans les années 70.
une exposition dans le lieu le plus inaccessible du musée
Et juste à côté, la proposition de l'artiste Joseph Grigely interpelle : cet artiste américain, devenu sourd après un accident, travaille autour de la question de l'accès, à la fois l'accès des artistes porteurs de handicap aux sphères artistiques et celui du public aux lieux d'art. Alors, au Palais de Tokyo, il a choisi d'investir… l'espace le plus difficile d'accès du lieu, nommé le "Païpe", et séparé du niveau du sol par de hautes marches. Un espace habillée avec une sculpture qui ressemble à un élément d'architecture.
"Le premier objet qui apparaît, c'est une œuvre d'art qui ressemble à un module architectural, une rencontre entre un escalier et une rampe d'accès. En anglais, on l'appelle un "stramp", on a traduit ça en français par "escarampe", une sorte de créature fantastique qui formulerait la rencontre de ces deux chemins en un seul et même chemin", explique Horya Makhlouf, commissaire de son exposition.
challenger les lieux d'art
L'artiste, qui explore à la fois les dimensions très concrètes et les plus abstraites de la question, a créé des escaliers, par essence inaccessibles aux personnes handicapées, constitués de revues d'art – signe d'un monde de l'art fermé à ces artistes. Mais il affiche aussi au mur une partie du contrat qui l'unit au Palais de Tokyo pour cette exposition, dans lequel l'institution dit s'engager, au moins pour le temps de l'expo, à être entièrement (et "dans la mesure du possible") entièrement accessible aux personnes handicapées.
"Nous demandons aux artistes de nous aider à penser l'institution, à la modifier, à la rendre plus accessible à tous les publics", souligne Guillaume Désanges, le directeur du Palais de Tokyo. "Et c'est vrai qu'avec certains artistes, ça a été l'occasion de repenser nos manières de faire : Joseph Grigely a, avec un peu d'ironie, un peu de malice, partagé un extrait du contrat qui le lie au Palais de Tokyo pour montrer comment l'institution aussi devait être flexible". Pour pousser l'idée encore plus loin, l'artiste, qui n'était pas présent pour l'ouverture de l'exposition, a engagé un "double", une doublure entendante capable d'échanger avec le public de l'expo.
source : radiofrance.fr