mon espace personnel

tous les champs marqués d'un * sont obligatoires.


Entrez votre nom d'utilisateur et votre mot de passe pour vous identifier:

mot de passe oublié ?inscription

le pitwall d'une écurie

Depuis que les communications radio sont diffusées en direct pendant les grands prix, l'attention se tourne vers le pitwall (mur de contrôle), centre névralgique d'une écurie, là où la course, aussi, se gagne et où les émotions jouent parfois des tours…

 

Le pitwall, ce sont 7 personnes sur place plus 20 personnes en soutien à l'usine : 7 à pouvoir s'asseoir sur le muret des stands. Celui-ci n'est au complet que pendant la course, les ingénieurs de piste de chaque pilote restant dans le garage pendant les essais.

 

Le réalisateur des grands prix utilise, voire abuse, avec malice, des communications radio. Un moyen en or de pimenter le live, façon téléréalité, et de créer la polémique entre le pilote et son équipe. Mais, à la base, c'est bien un système complexe d'information, d'échange et de prise de décision que les écuries ont dû petit à petit mettre en place. "La F1 est arrivée à un tel niveau de technologie qu'on doit s'appuyer, sur les grands prix, sur une structure de support présente à l'usine, en Angleterre", introduit Sam Michael, directeur sportif de McLaren. Les gens de la piste doivent être soutenus dans la prise de décision stratégique. "Les ingénieurs de l'usine sont loin du circuit et de l'émotion d'une course. Nous ne voulons pas que les décideurs soient émotionnellement perturbés par l'ambiance et physiquement touchés par l'humidité ou la chaleur qui règnent sur certains grands prix exigeants. Dans un bureau, à plusieurs milliers de kilomètres, on est plus apte à planifier la meilleure stratégie."

 

avec le pilote d'essai

 

Sur le muret, il y a : le team manager, le directeur sportif, l'ingénieur stratégie, l'ingénieur en chef et les deux ingénieurs de course des pilotes. Ceux-ci sont dans le garage pendant les essais libres et les qualifications, et ne prennent place sur le muret que pour la course. Mais on trouve aussi le pilote d'essai. Il suit tout ce qui se passe et donne un point de vue très particulier. "Les pilotes pensent différemment et plus vite que nous, continue Michael. Pendant les avaries de pneus à Silverstone l'an passé, Gary Paffett nous faisait partager sa vision de la dégradation des pneus et nous a bien conseillés sur les causes des incidents. Il nous dit aussi ce qu'il pense d'un fait de course potentiellement répréhensible et donc punissable par la FIA."

 

deux systèmes de radio

 

Le patron, sur le pitwall, est le team manager. "On travaille comme dans une armée. Il y a un homme qui a le pouvoir final de décision." Mais la plupart des team managers, dans les faits, délèguent au directeur sportif et à l'ingénieur en chef. Le temps des Chapman, Tyrrell, Willams, Dennis ou Todt est révolu. Il est d'ailleurs très rare que le patron prenne la parole, hormis cas de consigne d'équipe : comme Horner et Brawn en Malaisie, ou Boullier en Inde pour calmer ses troupes. C'est alors une parole d'autorité. Dans les casques, il y a deux systèmes radio. "Celui que l'on entend à la télévision, et un autre, Intercom, crypté, où nous parlons tout le temps." Il peut y avoir jusqu'à dix discussions en même temps, sur différents canaux. "Il y a une règle infaillible : quand le pilote intervient, tout le monde se tait. Il ne m'arrive que 2 ou 3 fois par an de rappeler à certaines personnes qu'il faut parler moins !"

 

la voix de la raison

 

A l'usine, une équipe de 20 personnes travaillent non-stop, pendant un week-end, sur l'établissement des scénarios de course. Andy Latham, son responsable à Woking, est l'ancien ingénieur de piste de Lewis Hamilton. L'équipe de course reçoit les "strategy calls", les messages annonçant que la voiture doit rentrer au stand. C'est rare, mais elle peut aller contre, et reporter l'ordre. Une partie de la mission de Latham est aussi de savoir intervenir pour rappeler à la piste qu'il faut se calmer et mettre ses émotions de côté. "Le team manager ou moi-même avons parfois besoin d'être remis dans le droit chemin." reconnaît Michael Les émotions sont omniprésentes en F1. Et les moments de tension très fréquents. Jusqu'à frôler la colère, la frustration et le ressentiment. "L'expérience sur le pitwall compte. En vieillissant, je ne prends rien personnellement. Je sais qu'il y a des conditions de stress qui poussent des gens intelligents à perdre leur calme. Une année, on avait recruté un jeune ingénieur, brillant et calme. Lors d'une course, deux ingénieurs s'engueulaient. Il a pris la radio et a osé, froidement : "Il faut arrêter la voiture maintenant." Je l'ai écouté. Les autres faisaient du bruit, lui, il parlait avec la voix de la raison." Chacun est appelé à s'exprimer d'un ton le plus monotone possible afin de vérifier que c'est sa raison qui parle et non une émotion comme la panique ou la peur.

 

le pilote en obéissance

 

Le pilote ne peut pas contredire le pitwall. "Il n'a pas toutes les infos. Alors, on lui explique qu'il doit suivre nos ordres." Certains pilotes ont pourtant du mal avec la radio et perdent souvent leur calme. "Non, non, pas chez nous. Jenson ne nous dira jamais de nous taire. Ou s'il le fait, on lui parlera rapidement à l'arrivée pour lui rappeler qu'on est là pour lui. On ne parle au pilote que pour lui permettre d'obtenir un meilleur résultat. Pas pour l'occuper et taper la discut' !"

 

un rappel pour Jenson

 

Il n'empêche, certains messages paraissent superflus, voire ridicules. "N'oublie pas de boire… Ne sors pas de la piste…" Sam Michael défend les ingénieurs des pilotes : "A 300 km/h, et après une heure de course, aucun rappel n'est gratuit. Jenson demande à ce que son ingénieur, tous les 10 tours, lui rappelle qu'il doit boire." Il se pourrait qu'un jour, pour des questions de sécurité, le pitwall soit supprimé, tout devant se faire depuis les garages. "Il faut au moins une personne qui puisse voir ce qui se passe dans la pitlane. Tous les autres ne regardent que leurs ordis." Et supprimer tout bonnement les communications radios ? "Ce serait difficile. Stupide, même." Pas sûr que les fans partagent le même avis.

outils