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mardi 19 février 2019

"Ressusciter" les neurones du nerf optique

Idée folle il y a encore quelques années, on pourrait un jour faire repousser le nerf optique et rendre la vue aux nombreuses personnes mal ou non voyantes à cause d’une atteinte de ce canal essentiel à la vision. Cette révolution commence déjà dans les laboratoires, comme celui de l’Institut de la Vision à Paris, mais est encore loin de l’œil humain.

Une maladie, glaucome en tête, mais aussi sclérose en plaques, une tumeur, un traumatisme... Différents événements peuvent endommager le nerf optique, seul canal reliant l’œil au cerveau. Or, les neurones lésés, incapables de se régénérer, meurent irrémédiablement et les personnes finissent par perdre la vue. Face à ce constat dramatique et sans véritable traitement, des chercheurs du monde entier essayent de faire repousser les neurones de la rétine et du nerf optique. En France, une équipe de l’Institut de la Vision, dirigée par Alain Chédotal, spécialiste des connexions neuronales dans le système nerveux central, s’est lancée dans la course pour que les personnes atteintes de ce type de cécité puissent un jour retrouver la vue.

"Malgré le dynamisme de la recherche mondiale, on est encore loin des premiers essais avec des patients" prévient Alain Chédotal, qui ne cache cependant pas son optimisme pour le futur : "Ce qu’on pensait impossible il y a à peine dix ans est maintenant à portée de main." Chaque mois, de nouveaux résultats sur des souris prouvent en effet que la repousse du nerf optique est devenue envisageable. Trois axes de recherche sont développés :
• empêcher la mort des neurones même si les axones sont coupés,
• reconnecter les neurones au cerveau,
• et enfin, remplacer les neurones morts par de nouvelles cellules.

pouvoir redémarrer et réorienter la croissance neuronale

Alain Chédotal et ses collègues étudient sur des souris dont les neurones du nerf optique ont été lésés par une pression oculaire de quelques secondes. "Dans le glaucome, seconde cause de cécité en France, on pense que la pression oculaire est telle qu’elle écraserait la tête du nerf optique, ce qui serait à l’origine de la mort neuronale" explique le chercheur. "Le seul traitement actuellement disponible est l’instillation de gouttes qui diminuent la pression oculaire et freinent la dégénérescence des neurones ganglionnaires."

Depuis une dizaine d’années, les spécialistes testent en laboratoire différentes molécules pharmacologiques qu’on appelle des facteurs neurotrophiques, comme le CNTF (Ciliary neurotrophic factor), qui permettent la survie des neurones. Quand une équipe de l’Université de Harvard a montré que l’inhibition d’une enzyme, le PTEN, dans les neurones ganglionnaires permettait de faire redémarrer leur croissance, le potentiel de repousse du nerf optique a été confirmé. Devant ce résultat exceptionnel, de plus en plus d’équipes ont commencé à travailler sur le sujet.
(Park KK, et al. Promoting axon regeneration in the adult CNS by modulation of the PTEN/mTOR pathway. Science. 2008;322:963–966)

Mais encore faut-il pouvoir rediriger la croissance des axones vers leurs cibles dans le cerveau. "Nous cherchons actuellement quelles sont les molécules qui assurent le guidage des axones au cours du développement embryonnaire", explique Alain Chédotal, qui espère ainsi pouvoir les utiliser dans une démarche thérapeutique chez l’adulte. Il s’agirait à la fois de réenclencher la croissance des neurones ganglionnaires et de les aider à se reconnecter correctement.

des cellules ganglionnaires pour remplacer les neurones morts

Concernant le troisième axe, à savoir le remplacement des neurones morts par de nouvelles cellules, Alain Chédotal et Olivier Goureau, responsable scientifique à l’Institut de la Vision, explorent la possibilité de former des neurones ganglionnaires à partir de cellules de la peau des patients. Ces nouveaux neurones seraient ensuite greffés chez les patients. "On a commencé à injecter des cellules dans l’œil de souris lésées mais on se heurte à des problèmes expérimentaux : à quel moment faut-il faire la greffe ? En quelle quantité ?", commente Alain Chédotal. Et surtout, une inconnue demeure : toutes ces opérations seront-elles suffisantes pour assurer la récupération de la vision ? C’est en tous cas l’espoir des chercheurs engagés dans cette voie de recherche.

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