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Jamais-vu : qu'est-ce que ce phénomène ?

Parfois, notre cerveau nous joue des tours. Si tout le monde connaît le phénomène du "déjà-vu", celui du "jamais-vu" est beaucoup moins connu. Une étude a mis en avant cette sensation. Medisite fait le point.

Il vous est déjà arrivé de vivre un événement et d’avoir l’impression de l'avoir déjà vécu ? Ce phénomène porte le nom de déjà-vu. S’il est courant et connu, un autre phénomène inconnu existe aussi : le jamais-vu. Ce dernier est le procédé contraire du déjà-vu.

Des chercheurs de l’Université St Andrews (Ecosse) et de l’Université de Grenobles ont étudié ce phénomène peu connu pendant près de 15 ans, avant de publier leur découverte dans la revue Memory. Leur étude a remporté le prix Ig Nobel le 14 septembre 2023. A cette occasion, les auteurs sont revenus sur leurs travaux auprès du média australien The Conversation.

Jamais-vu : de quoi s’agit-il ?

Le déjà-vu se caractérise par la sensation d’avoir déjà vécu le moment que l’on vit actuellement. Ainsi, une conversation va par exemple nous sembler familière. Le jamais vu est tout l’opposé. Les chercheurs expliquent : "Le jamais-vu est un phénomène opérationnalisé comme l'opposé du déjà vu, c'est-à-dire trouver subjectivement inconnu quelque chose que nous savons être familier".

Dans les faits, cela peut se caractériser par une sensation étrange en regardant un visage qui nous est pourtant familier. Cela peut également être le fait de voir un mot courant que l’on connaît très bien et d’avoir soudainement un doute dessus, ou encore de répéter un mot plusieurs fois et de trouver qu’il n’a plus de sens. Ainsi, les scientifiques ont cherché à comprendre ce phénomène en partant de l’hypothèse que le jamais-vu est un phénomène de mémoire expérientiel similaire au déjà-vu. Pour cela, ils ont effectué deux expériences distinctes sur 94 participants. Les volontaires étaient tous des étudiants en premier cycle de psychologie à l’Université de Leeds (Royaume-Uni).

Jamais-vu : la sensation apparaît après une minute de répétition

Pour la première expérience, les participants avaient pour instruction d'écrire 120 fois un mot donné, qui était imprimé en gras en haut de la page. Ils ont dû faire cela pour douze mots différents, plus ou moins familiers. Au total, le livret comprenait 14 pages et contenait un questionnaire final sur la fin d’expérience ainsi qu’un test de mémoire. Le réel but du test n’a pas été communiqué aux participants. Ainsi, les chercheurs leur ont fait croire que le but de l’expérience était de voir combien de fois une personne pouvait écrire un mot lisiblement en moins de deux minutes. Toutefois, les chercheurs ont précisé aux participants de s’arrêter s’ils se sentaient bizarres en écrivant un mot, afin de noter l’heure et le ressenti. Lorsqu’un participant arrêtait tôt de noter les mots, il devait justifier pourquoi en cochant une des raisons suivantes :

le mot lui semblait étrange ;par ennui ;sa main lui faisait mal ;autre.

Les chercheurs ont observé que la plupart des participants s'arrêtaient parce qu’ils trouvaient le mot étrange. Ainsi, 70 % d’entre eux se sont arrêtés au moins une fois car ils ressentaient ce que les experts considèrent comme le "jamais-vu". Cela se produisait généralement après une minute, ce qui équivaut à peu près à 33 répétitions, et pour des mots familiers.

Pour la deuxième expérience, les scientifiques ont voulu étendre leur méthode à un échantillon plus représentatif. Pour cela, ils sont passés à 120 participants, encore une fois tous étudiants en premier cycle de psychologie. Les experts ont utilisé uniquement le mot "le", estimant qu’il s’agissait du mot le plus courant. Cette fois, 66 % des participants ont arrêté d'écrire à cause d’une sensation de "jamais-vu".

"Le jamais-vu peut être provoqué par des tâches d'aliénation de mots"

Ainsi, ces deux tests ont permis aux chercheurs de constater une corrélation significative entre le déjà-vu et le jamais-vu, validant leur hypothèse de départ. "Les personnes qui ont eu une des expériences fréquemment au cours des six derniers mois ont probablement eu l'autre (comme mesuré dans l'expérience 1) et une mesure de la DES (Echelle des expériences dissociatives) axée sur jamais était corrélée à l'expérience de déjà-vu la plus récente", expliquent les auteurs. Les scientifiques ajoutent que grâce à leur recherche, ils ont découvert que le jamais-vu peut être provoqué par des tâches d’aliénation de mots.

"En fin de compte, nous sommes flattés d’avoir reçu le prix Ig Nobel de littérature. Les lauréats de ces prix apportent des travaux scientifiques qui "font rire puis font réfléchir". Espérons que notre travail sur le jamais-vu inspirera davantage de recherches et des connaissances encore plus approfondies dans un avenir proche", concluent les auteurs auprès du média The Conversation.