
Le président israélien Isaac Herzog a exhorté mercredi les différentes forces politiques à accepter "la réalité" des élections législatives et à faire des compromis pour former une nouvelle majorité gouvernementale, tout en dénonçant les attaques racistes contre la minorité arabe.
M. Herzog doit recevoir mercredi soir et jeudi les représentants des différents partis qui seront représentés à la Knesset (le Parlement) après le scrutin du 27 octobre, qui s'est achevé sans majorité, pour le camp de Benjamin Netanyahu comme pour le bloc de l'opposition mené par le centriste Gadi Eisenkot.
"Dans la réalité actuelle, sans vainqueur évident après les élections, je demande de l'originalité et de la créativité, du courage et de la bonne volonté", a déclaré M. Herzog.
Les partis "doivent comprendre qu'ils ne pourront pas tenir tous leurs engagements et toutes leurs promesses" de campagne, a-t-il mis en garde, tout en soulignant qu'il ne demandait "à personne de renoncer à ses valeurs fondamentales".
Ces propos, tenus lors d'un point presse avec le président de la Commission électorale centrale venu lui remettre les résultats officiels, Noam Sohlberg, reflètent la difficulté des tractations qui débutent entre les partis.

Cette période de négociations est aussi tendue par les allégations de fraudes massives portées par le camp de M. Netanyahu, qui accuse, sans en apporter la preuve jusque-là, les partis arabes d'avoir acheté des voix avec de l'argent du Qatar.
Lors de la déclaration conjointe avec M. Herzog, le juge Noam Sohlberg a dénoncé le "danger réel" que créent ceux qui cherchent à "mettre en doute le résultat des élections".
M. Herzog, lui, a condamné "les comportements grossiers et les propos racistes" visant la minorité arabe israélienne. "La violence", qu'elle soit physique ou verbale, n'a "pas sa place parmi nous", a-t-il ajouté.
Mercredi matin, à quelques heures de la publication des résultats officiels, la Commission électorale a annoncé que ses vérifications n'avaient révélé "aucune irrégularité ou preuve indiquant que l'intégrité des élections a été compromise ou que les résultats ont été altérés".
- Partis arabes dénigrés -
Les résultats officiels du scrutin pour la 26e Knesset donnent 53 sièges au camp de M. Netanyahu, 48 au bloc de l'opposition de M. Eisenkot, et 19 aux deux listes majoritairement arabes, elles aussi hostiles à M. Netanyahu.
Il faut un minimum de 61 députés pour avoir la majorité au Parlement israélien.

En théorie, le camp anti-Netanyahu pourrait donc facilement atteindre la majorité, mais plusieurs dirigeants du bloc mené par son rival, M. Eisenkot, s'opposent à toute alliance avec les partis arabes.
Dans une société traumatisée par l'attaque du 7-Octobre, tendre la main aux Palestiniens d'Israël, comme sont aussi désignés les Arabes israéliens représentant environ 20% de la population, risque de braquer une partie de l'électorat juif.
Benjamin Netanyahu le sait bien et a dénigré jusqu'au bout les formations arabes, des "soutiens aux terroristes", menaçant d'"islamiser Israël" et de réduire l'Etat juif à néant, à en croire les messages dont il inonde les réseaux sociaux.
Son allié d'extrême droite Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, a encore exhorté mercredi les services du renseignement intérieur (Shin Bet) à "arrêter tous les dirigeants des partis politiques arabes aujourd'hui" pour les interroger.
De son côté, le chef de la gauche, Yaïr Golan, dont le parti Les Démocrates est membre du bloc de M. Eisenkot, a appelé à tourner la page de l'ère Netanyahu, devenu "dangereux pour Israël".
Il a aussi affirmé que le maintien de M. Netanyahu au pouvoir exposait Israël à un risque d'isolement international et de sanctions, après la victoire des démocrates aux élections de mi-mandat aux États-Unis.
Les démocrates, qui ont pris le contrôle des deux chambres du Congrès américain, sont en effet divisés sur le soutien à Israël longtemps considéré comme indéfectible, en raison notamment du bilan humain de la guerre dans la bande de Gaza.
Malgré la paralysie politique qui guette, le président Herzog, qui a habituellement un rôle largement honorifique, veut à tout prix éviter de nouvelles élections. Il a prévu d'achever ses consultations jeudi soir, mais n'exclut pas de les prolonger.
Il a jusqu'au 11 novembre pour choisir un candidat chargé de former un gouvernement.