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Au sommet du Commonwealth, Charles III dit son "horreur" face à l'esclavage

Le roi Charles III lors d'un dîner officiel, à Antigua et  Barbude, le 3 novembre 2026 - © POOL/AFP - Isabel Infantes

Le roi Charles III a exprimé mardi son "horreur" face à l'esclavage, qu'il a qualifié d'"injustice monstrueuse", en ouvrant un sommet des dirigeants du Commonwealth, dont certains réclament des excuses et des réparations pour le rôle du Royaume-Uni dans la traite transatlantique.

"Ce chapitre honteux de l'histoire remplit mon cœur d'horreur et mon âme de la plus profonde tristesse", a déclaré le souverain britannique et chef du Commonwealth à Antigua-et-Barbuda, disant vouloir "travailler à corriger les erreurs du passé en agissant pour l'avenir".

"Nous ne pouvons pas changer les actes de ceux qui nous ont précédés. Nous pouvons toutefois en tirer des leçons", a-t-il ajouté, reconnaissant que la traite transatlantique "projette encore son ombre sur ces îles et sur d'autres membres du Commonwealth".

"Et pourtant, l'histoire nous enseigne aussi que le mal n'est pas tenu d'avoir le dernier mot ; que la force de caractère et le courage peuvent se conjuguer pour vaincre les injustices les plus monstrueuses, comme ce fut le cas avec la détermination de mettre fin au commerce international de personnes réduites en esclavage, dans lequel la Royal Navy a joué un rôle si important", a ajouté Charles III.

Le roi effectue une tournée de neuf jours dans les Caraïbes qui l'a aussi mené au Guyana, un déplacement pendant lequel il a reconnu "les grandes souffrances du passé" dans ces territoires.

- Dialogue sur le passé -

Le Premier ministre britannique, Andy Burnham (d), et le Premier ministre d'Antigua et Barbade, Gaston Browne (g), à St John's, Antigua et Barbude, le 3 novembre 2026 - © POOL/AFP - Kin Cheung

Mais une action politique du Royaume-Uni ne peut venir que du gouvernement, a souligné le palais de Buckingham, rappelant la position constitutionnelle de neutralité du souverain.

Les déclarations de Charles III interviennent alors que le Premier ministre britannique, Andy Burnham, présent au sommet à St. John's, mène des discussions avec les dirigeants du Commonwealth au sujet de la présentation d'excuses officielles.

Entre 10 et 15 millions de personnes ont été emmenées d'Afrique vers les Amériques pour y être réduites en esclavage, sur une période de quatre siècles.

M. Burnham, qui a pris ses fonctions en juillet, a annoncé ces derniers jours vouloir ouvrir un "dialogue structuré" avec les pays du Commonwealth, dans le but d'aboutir à l'expression d'excuses officielles.

Le chef de gouvernement travailliste a toutefois écarté la perspective de réparations financières, comme le demandent plusieurs dirigeants de cette organisation composée de 56 pays, essentiellement d'anciennes colonies britanniques.

"J'ai été très clair sur le fait que nous ne soutenons pas les réparations... mais il est faux de dire que nous ne soutenons pas des pays du Commonwealth en matière de développement, en les aidant à faire face à leurs problèmes de dette", a déclaré mardi le Premier ministre aux journalistes.

Andy Burnham a évoqué le sujet de l'esclavage avec la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, lors d'un entretien bilatéral lundi, selon Downing Street. Ils ont évoqué la manière dont la Grande-Bretagne "offrait un dialogue structuré aux communautés touchées par la traite transatlantique des esclaves".

- Restructuration de la dette -

Le Premier ministre britannique Andy Burnham et la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, à Osbourn, à Antigua et Barbuda, le 2 novembre 2026 - © POOL/AFP - Kin Cheung

"Aucun Premier ministre britannique n'est jamais allé aussi loin auparavant", a également salué durant le week-end Philip Pierre, Premier ministre de Sainte-Lucie et président du Caricom, organisation qui rassemble les pays des Caraïbes, ajoutant qu'elle est prête à s'"engager" dans ce dialogue.

"Nous recevrions des excuses formelles de l'État britannique comme un moment d'une importance historique. Mais des excuses sans réparation sont incomplètes", a-t-il ajouté.

Dans une tribune publiée samedi dans le Guardian, Andy Burnham a appelé à "regarder le passé en face", mais a fermé la porte à des compensations financières.

"Je ne pense pas que les Britanniques d'aujourd'hui puissent être tenus pour responsables de torts historiques, aussi odieux soient-ils, qui se sont produits à une autre époque, en vertu de lois différentes, et auxquels ils n'ont pas pris part personnellement", a-t-il souligné.

"La justice réparatrice n'a jamais porté sur la culpabilité individuelle. Elle concerne la responsabilité des États et des institutions — et cette responsabilité n'expire pas avec le passage des générations", a insisté M. Pierre.

Sur le plan financier, le dirigeant travailliste propose de travailler à une restructuration de la dette des pays les plus pauvres du Commonwealth, qui souffrent de la hausse des taux d'intérêt. Et il appelle les créanciers privés et les bailleurs hors pays du G7 à contribuer à cet effort.

Le Royaume-Uni va également présider deux groupes de travail pour doper les échanges commerciaux au sein du Commonwealth et sécuriser l'approvisionnement en minerais critiques. Et Londres prévoit de mobiliser 40 millions de livres (48 millions d'euros) en faveur de projets d'infrastructures dans les Caraïbes, a annoncé Downing Street.