édito

Sur un air de retrouvailles.

Le Tour a le sens du voyage et très souvent l'honneur d'être invité là où la passion du cyclisme l'appelle. Les Danois, les Espagnols puis les Italiens ont ouvert leurs bras et offert leurs routes aux coureurs lors du Grand Départ des 3 dernières éditions, pour des séjours émotionnellement et sportivement marquants. "Les gens du Nord ont dans le cœur le soleil qu'ils n'ont pas dehors", dit la chanson, sans préciser que cette qualité essentielle conditionne une autre de leurs caractéristiques : les Ch'tis sont fous de vélo ! Voilà pourquoi nous donnons rendez-vous à Lille pour lancer le Tour de France 2025, dont le parcours est intégralement tracé à l'intérieur des frontières françaises. Et nous relevons le défi de préparer aux cyclistes, loin des pics et des crêtes, un terrain propice à des coups de force dès la 1ère semaine. Il faudra s'y attendre à Boulogne-sur-Mer, mais aussi en traversant la Normandie à Rouen et à Vire Normandie, puis en Bretagne avec une double ascension de la côte de Mûr-de-Bretagne qui fait toujours des étincelles.

Parce que Bernard Hinault reste le dernier vainqueur français du Tour il y a 40 ans ; parce qu'il sera l'heure de célébrer la triplette de victoires bouclée en 1955 par Louison Bobet ; parce que Bernard Thévenet a été il y a 50 ans le tombeur d'Eddy Merckx, l'année de la création du maillot à pois et du classement des jeunes… nous avons aussi souhaité adresser des clins d'œil à ces bâtisseurs de la grande histoire du cyclisme. Honorer Anquetil à Rouen au 4ème jour de course, rendre visite au "Blaireau" à Yffiniac dans la 7ème étape, penser à Bobet au départ de Saint-Méen-le-Grand le lendemain : le ton de l'hommage sera ici de rigueur, mais c'est sur le registre de l'action que la mémoire de leurs exploits sera, nous l'espérons, convoquée par les champions.

La 1ère étape de montagne se présentera le 14 juillet et se déploiera dans la chaîne des Puys jusqu'à une arrivée au Mont-Dore, et le passage du Massif central aux Pyrénées haussera encore le niveau d'exigence avec une étape à Hautacam, un chrono en côte jusqu'à l'altiport de Peyragudes et un retour à Luchon Superbagnères. Ce jour-là, les mêmes routes seront empruntées que pendant le Tour 1986 pour l'un des plus fameux épisodes du duel Hinault-LeMond. À deux ou pourquoi pas davantage, la lutte pour le Maillot Jaune pourrait aussi changer d'allure pour les retrouvailles avec le mont Ventoux, 12 ans après la dernière arrivée jugée au pied de l'observatoire. Le verdict du mont Chauve ne sera que provisoire, au regard des 2 redoutables étapes alpestres qui clôtureront les débats. Il faudra cette fois-ci se hisser au col de la Loze en passant par Courchevel pour terminer une 18ème étape à 5 500 m de dénivelé positif, tandis que les grimpeurs abattront leurs dernières cartes le lendemain entre Albertville et La Plagne. Enfin, Paris se prépare aussi à fêter comme il se doit les 50 ans de la 1ère arrivée sur les Champs-Élysées.

Christian Prudhomme, Directeur du Tour de France.