la 50ème sur les Champs
Champs-Élysées… la plus belle pour aller sprinter.
L'idée tient du génie. Il se dit qu'elle serait née d'une fulgurance du journaliste Yves Mourousi, le présentateur du journal télévisé de l'époque.
C'est peut-être grâce à cette audace de la star des médias que Jacques Goddet et Félix Lévitan ont décidé de voir très grand pour l'arrivée finale du Tour 1975, avec la bénédiction du président de la République, dont l'appui a été nécessaire pour obtenir toutes les autorisations.
Le public de cette 1ère est estimé à 1,5 million de spectateurs pour assister à la célébration du Maillot Jaune Bernard Thévenet. Le dernier bouquet est remporté par Walter Godefroot, qui achève sa carrière en lançant une longue lignée de vainqueurs au sprint sur les Champs-Élysées. Le pari est gagné sur tous les plans et la nouveauté est saluée avec un brin de malice par Pierre Chany dans L'Équipe : "Aucune revue du 14 juillet n'avait rassemblé pareille foule, ce qui tend à démontrer que le Français préfère le vélo à l'automitrailleuse, ce dont il faut se féliciter".
Explosion de joie pour Lemond, plongée en enfer pour Fignon.
En 1979, Bernard Hinault a nettement dominé Joop Zoetemelk. Son 2ème titre est acquis, mais les 2 hommes se livrent tout de même un ultime duel en quittant le peloton à une cinquantaine de kilomètres de l'arrivée. Sur l'avenue des Champs-Élysées, le Blaireau est intouchable et boucle son Tour le plus prolifique avec un 7ème bouquet. Aucun autre coureur ne s'est imposé sur les Champs-Élysées vêtu du Maillot Jaune.
Pour le bicentenaire de la Révolution française en 1989, un parcours de prestige a été dessiné en provenance de Versailles pour terminer les débats en contre-la-montre. Laurent Fignon est en bonne position pour s'imposer une 3ème fois, mais avec une avance réduite à 50 secondes sur un adversaire aussi redoutable que Greg LeMond. Le scénario se ligue contre cette victoire annoncée : l'Américain serait avantagé par son guidon de triathlète, le Français handicapé par une blessure à la selle. Le dénouement tourne à l'explosion de joie pour l'un, à une plongée en enfer pour l'autre. Au final, LeMond s'impose avec seulement 8 secondes d'avance, soit le plus petit écart jamais enregistré entre les 2 premiers du Tour de France.
"CAV", puissance 4.
Dans le temple du sprint, les Belges ont pris l'ascendant sur le reste du monde : 12 victoires sur les 49 arrivées élyséennes. Mais de Walter Godefroot en 1975 à Jordi Meeus en 2023, aucun d'eux n'est parvenu à doubler la mise, même les cadors comme Freddy Maertens, Tom Steels ou Tom Boonen. Les Champs-Élysées seraient-ils donc indomptables ? Non, plusieurs sprinteurs ont réussi à répéter leur exploit de fin de Tour : Djamolidine Abdoujaparov, vainqueur en 1993 et 1995, Robbie McEwen en 1999 et 2002, Marcel Kittel en 2013 et 2014 et André Greipel en 2015 et 2016. Mais sur la scène la plus prestigieuse du sprint mondial, Mark Cavendish est dans son jardin. Le "Manx Missile" y a décollé et touché sa cible à 4 reprises : en fanfare pour sa première, avec son poisson-pilote Mark Renshaw qui prend la 2ème place en 2009 ; royal à nouveau en 2010 pour arracher son quinzième bouquet du Tour en seulement 3 participations ; avec le bonheur supplémentaire de porter le maillot vert en 2011 ; puis lancé en bas des Champs-Élysées par le Maillot Jaune Bradley Wiggins en 2012. Depuis, le "Cav" a le plus souvent quitté la Grande Boucle avant son épilogue… mais a hissé le record de victoires d'étapes à 35 en s'imposant à Saint-Vulbas en juillet dernier.