édito

Tous azimuts.

Nous n'avions pas comme intention de mener une chasse aux records. Mais lorsque les coureurs seront réunis à Tarragone pour le départ de la 2ème étape, le peloton du Tour de France n'aura jamais fréquenté de terres aussi australes, la percée se situant une poignée de km plus proche de l'équateur que Bonifacio, la cité corse visitée en 2013. Il prendra la direction de Barcelone pour une explication musclée sur la colline de Montjuïc, où les favoris de la 113ème édition seront déjà sommés de se dévoiler et de se mesurer.

Selon toute logique, les regards seront massivement tournés vers Tadej Pogacar, un champion capable de s'adapter à tous les styles de pentes… et c'est bien la variété des ascensions qui caractérise le programme du prochain mois de juillet. Mais s'il est propice aux exploits du Slovène, le parcours 2026 est aussi taillé pour que ses rivaux puissent prendre la parole, le contredire sans complexes ; pour que des ouvertures existent du côté de Ben Healy comme chez Jonas Vingegaard et Remco Evenepoel, la liste des prétendants à tous les étages étant bien sûr à compléter ; pour que l'intensité du spectacle soit assurée par les meilleurs sprinteurs, baroudeurs, grimpeurs, rouleurs et puncheurs du monde ; pour que l'enjeu majeur du Maillot Jaune à enfiler à Paris subsiste encore, soyons fous, jusque dans les derniers km.

Le peloton du Tour visitera pour la 1ère fois le cirque de Gavarnie (6ème étape) mais ce n'est probablement pas sur les routes des Pyrénées que les favoris pour le classement général seront éparpillés : les 6 premières étapes sont d'ailleurs pour la 1ère fois promises à des scénarios distincts. Des attaquants sont ensuite attendus en Corrèze (9ème étape), une sérieuse étape de montagne pourrait accélérer les débats dans le Cantal pour l'arrivée au Lioran (10ème étape), et il est bien probable que les batailles décisives se fassent désirer jusqu'en fin de 2ème semaine, par exemple dans les Vosges en se bousculant dans la montée du Haag avant l'arrivée au Markstein (14ème étape), ou en entrant dans le massif alpin pour la 1ère escalade du Tour au plateau de Solaison (15ème étape). Le chrono entre les 2 stations thermales du lac Léman (16ème étape) reste une autre opportunité de bouger les lignes.

Mais le duo d'étapes à l'Alpe d'Huez (19ème et 20ème étapes) se présente comme indomptable : même après la 1ère arrivée dans la station iséroise, aucune journée n'aura dépassé 4 300 m de dénivelé positif. Celle que le Maillot Jaune devra achever avant de se sentir soulagé en totalisera 5 600, dont l'ascension jamais entreprise par le col de Sarenne. On en frissonne d'avance.

Christian Prudhomme, Directeur du Tour de France.